Qu’est ce qui vous a intéressé chez votre personnage, Gabriel ?
J’ai été attiré par sa complexité. Sa lâcheté et sa faiblesse n’en font pas à priori un personnage franchement sympathique, mais il devient peu à peu attachant à vouloir rattraper tout ce temps perdu par sa faute et à assumer enfin son devoir de père. Il a une morale qui se déplace, il fait mine d’être sûr de lui, il a du cœur mais pas les mots, il a les actes mais pas les bons. C’est un type instable, un affabulateur sans doute qui, à force de se mentir, fabrique de la vérité. Il est cassé, faiseur mais sincère, contradictoire. J’avais l’impression d’avoir déjà croisé ce personnage dans la vie, qui se cherche une personnalité par imitation, qui vit en dehors de ses moyens. Et puis à l’écriture, ce personnage me faisait vraiment marrer par cette façon d’être à côté de lui-même. J’ai toujours besoin de ça pour interpréter un rôle, qu’il me fasse au moins sourire. Qu’au fond de moi j’ai un peu envie de me foutre de lui. Une façon de le mettre à distance pour mieux «lui rentrer dedans».
Ses rapports avec son fils sont heurtés et parfois violents...
Normal, ils se sont perdus de vue. Marco a été obligé de grandir plus vite que prévu. Dans ces cas-là, la notion de temps gagné ou perdu est perturbée. Il y a de la méfiance dans l’air. Du silence. Des demandes d’explication non formulées. De la violence rentrée, du regret, de la culpabilité de part et d’autre. Du flou, de la merde quoi ! Le père et le fils se comportent parfois comme deux potes puis à d’autres moments on ne sait plus qui est le père de qui.
Comment êtes-vous entré dans la peau du personnage ?
Je ne sais jamais très bien comment je m’approprie un personnage. Je le vois de loin, je le rêve, je l’imagine en mouvement, je le vois bouger dans ma tête, puis dans les jambes, mais en fait c’est souvent l’inverse, il s’accroche à moi et puis un jour la costumière m’a apporté une veste en cuir et c’était SA veste, c’était sûr. Et puis c’était les bonnes chaussures pour lui donner un peu de déglingue, un peu de cette nonchalance et une petite chaînette autour du cou, et puis tout ça c’était trois fois rien et c’était beaucoup et c’était juste... enfin je crois !... Il se la joue un peu viril, un peu frime avec son 4x4 d’occasion. Rien ne lui ressemble vraiment. C’est un type banal qui voudrait ne pas l’être, qui fait tout pour ne pas l’être et qui l’est d’autant plus. C’est raté quoi !... il y avait un comportement à construire. A un moment je me suis dit : je vais le jouer en pensant que tout ce qu’il dit est faux.
Gabriel entraîne son fils dans un casse en cherchant à lui montrer ce qu’il sait faire de mieux ?
Gabriel, n’est pas un casseur, mais il vit dans le monde de la nuit, avec des gens pas très nets et ça le «pose» de montrer ça à son fils. Ça lui donne de l’importance. C’est du strass de looser. Mais c’est vrai que lorsqu’il laisse son complice rudoyer son fils Marco, ça prend les allures d’un rite de passage. Comme s’il initiait son fils à sa vie d’homme... mais trop tard !
David Oelhoffen ne porte aucun regard moralisateur sur les personnages.
Ca m’avait plu déjà dans le script. Il ne juge pas les personnages : le film les accompagne à un moment de leur vie, comme à une croisée des chemins, puis les laisse repartir chacun de leur côté. Quant à Gabriel, je ne suis pas sûr que l’épreuve qu’il traverse tout au long du film le fasse grandir. Il est paumé au début, il est paumé à la fin, mais il a rencontré son fils même si la façon est « un peu » particulière...
Comment David Oelhoffen dirige t-il ses acteurs ?
Nous avons beaucoup discuté de mon personnage avant le tournage. Sur le plateau, David ne parle pas énormément, mais il ne vous lâche pas tant qu’il n’a pas obtenu ce qu’il veut ! J’avais parfois envie de donner un peu de légèreté au personnage que je trouvais très noir, mais David n’y tenait pas. Il a sa propre conception des personnages, ses propres références, et il sait exactement dans quelle direction il souhaite nous emmener.