Comment vous est venue l’idée du film ?

Bernd Lange : Un week-end en famille dresse le portrait d’une famille contemporaine. Il aborde notamment un nouvel aspect des relations au sein de la famille puisque nous appartenons à une génération qui doit s’occuper de ses enfants en même temps que de ses parents, ce qui implique d’aborder des sujets tels que la maladie et la mort.

Hans-Christian Schmid : Nous avions le désir de faire un film très personnel. Je voulais que notre projet après La Révélation soit une histoire basée sur des personnages forts. Avec Bernd, nous avons discuté des différentes formes narratives pour exprimer cette idée. Nous en avons conclu que rentrer chez ses parents pour le week-end est quelque chose de très commun et qui se passe rarement sans heurts. A partir de là, nous avons commencé à explorer les différentes manières de raconter un tel week-end, les éléments distinguant les personnages principaux et les conflits qui pouvaient émerger. Bernd a pris le relais parce qu’il est difficile de rentrer dans les détails des dialogues sur ce type d’histoire. Même s’il ne reflète pas nos histoires personnelles, ce film traite de problèmes intimes. En tant qu’auteur, il faut chercher au fond de soi et non dans un dialogue avec les autres. Très vite, Bernd a fait une première mouture du scénario qui a permis de dessiner les grandes lignes du film.

BL : Dans Un week-end en famille, l’intrigue se développe autour des personnages et la manière dont ils interagissent les uns avec les autres. C’est pourquoi je devais écrire seul. Je pouvais écouter attentivement chacun des personnages et le retranscrire dans le script. Cet exercice est plus compliqué à faire à plusieurs. Le personnage de Marko, auquel nous nous identifions le plus avec Bernd, vit une situation similaire à la nôtre. Il vit sa vie de citadin, indépendamment de ses parents. Nous avons construit la famille de Marko en observant les tensions et les dynamiques de groupe dans nos propres familles, celles de nos amis et connaissances. Nous avons choisi de raconter l’histoire d’une famille bourgeoise pour accentuer la tension émotionnelle. Dans une famille plus désavantagée socialement, les besoins matériels auraient pris plus de place.

Le film dépeint une génération de trentenaires qui dépendent encore financièrement de leurs parents.

BL : L’idée que l’argent fait le bonheur est liée au passé. Il était plus facile de gagner sa vie dans les années soixante et d’acquérir de fait, plus de confiance en soi. Dans cette histoire, Marko et Jakob trouvent difficile de succéder à leur père. Même si Marko a publié un livre, il a du mal à concilier sa vie d’écrivain et sa vie de mari et de père. Jakob essaye sans succès de suivre les traces de son père pour pouvoir rester aux côtés de sa mère.

Les deux fils appellent leurs parents par leurs prénoms. Appartiennent-ils à une génération qui ne se rebelle plus contre ses parents parce qu’ils sont sur un même pied d’égalité ?

HCS : Je viens d’une famille un peu moins aisée que celle du film, mais je n’avais aucune envie de rébellion. Après mon diplôme, quand j’ai voulu partir à l’étranger ou même faire une école de cinéma, mes parents n’ont pas essayé de m’en empêcher et ne m’en auraient pas voulu si ça n’avait pas marché. Ils ont simplement accepté mes décisions sans juger.

BL : Nous avons regardé des films comme Cinq pièces faciles (Five Easy Pieces) de Bob Raffelson qui date de 1971. Malgré toutes les qualités du film, de telles confrontations n’ont plus lieu de nos jours. Nos parents ne nous semblent pas si éloignés de nous, ce qui facilite la communication.

La dépression de la mère est le catalyseur de l’histoire…

HCS : Nous avons failli ne pas révéler la maladie de Gitte mais ce n’était pas cohérent. Le film traite moins de la souffrance d’une maniaco-dépressive que de la manière dont les femmes subissent les conséquences de ce type de relations, la sensation de vivre leur vie à moitié, encore amplifiée par le départ des enfants.

BL : Avant en Allemagne de l’Ouest, un salaire suffisait pour nourrir toute une famille, et les mères de cette génération vivaient souvent dans une prison dorée. Je ne suis même pas sûr que Gitte soit vraiment malade. C’est un état de tristesse et d’insatisfaction qu’on ne peut pas soigner avec des médicaments.

Comment avez-vous réuni le casting ?

HCS : Lars Eidinger s’est imposé très vite pour le rôle de Marko, d’une part parce que c’est un excellent acteur et d’autre part par ce qu’il a exactement les traits de caractère que nous imaginions pour Marko et la vie qu’il mène à Berlin. Lars est alors devenu le personnage central autour duquel nous avons construit la famille. Pour Gitte, il était important qu’elle n’ait pas l’air souffrante ou malade au premier abord. Nous la voulions énergique, forte et pleine de charme ; une femme qui rendrait crédible le couple formé avec Günter. Nous avions le sentiment que Corinna Harfouch serait parfaite pour ce rôle. Le rôle de Jakob était plus complexe parce qu’il devait convaincre sur plusieurs plans : suffisamment installé pour avoir son propre cabinet de dentiste et à la fois instable et hyper-sensible. Nous avons cherché longtemps un acteur pour tenir ce rôle double et nous avons été ravis de travailler avec Sebastian Zimmler.