Vous êtes un jeune réalisateur. Jusqu’ici vous avez coécrit plusieurs scénarios, mais votre court métrage Vivre encore un peu a fait beaucoup pour votre réputation…
J’ignorais que j’avais une réputation ! Mon court métrage a en effet connu pas mal de succès, et ce, dans le monde entier. Il m’est arrivé de consoler des spectateurs à la fin de certaines projections. Le fait de partager ce type d’émotion avec des inconnus par le biais d’un écran de cinéma m’a permis de prendre confiance en moi en tant que réalisateur. De plus, la mise en scène est comme le prolongement organique de mon travail d’écriture de scénario.
Vous avez révélé que ce court métrage était inspiré d’une expérience personnelle. Est-ce encore le cas ici ?
Hors les murs est évidemment un film très personnel. En même temps, ce n’est pas une auto fiction. J’ai condensé trois histoires d’amour pour les synthétiser en un seul récit. J’ai essayé d’être juste, sincère, mais aussi d’être efficace et pas nombriliste. J’aime travailler l’intimité jusque la rendre communicable et partageable…
Comment sont nés les deux personnages clés de Hors les murs ? Comment les avez-vous construits l’un par rapport à l’autre ?
Il y a un peu de moi-même dans chacun des personnages. J’y ai été par couches successives, c’est assez difficile à expliquer. J’ai voulu faire ressortir l’émotion, le sentiment et dépasser la sexualité stricto sensu tout en ne la gommant pas. Paulo est un être fragile, souffrant de solitude et manquant d’autonomie. Face à lui, Ilir incarne la force, il a un petit côté Saint-Bernard. Ce sont des polarités opposées, mais au final, le plus fort n’est pas toujours celui qu’on croit…
Pour revenir sur le personnage de Paulo, au début du film, Paulo a une relation hétérosexuelle de confort avec une femme qui est davantage une “Maman” qu’un être désirable, sexualisé. C’est à partir de cette relation dysfonctionnelle et problématique, en commençant le récit avec la fin d’une relation, que j’ai voulu tisser son parcours affectif et sexuel.
Le personnage de Paulo est un petit oiseau tombé du nid. Il refuse d’être adulte et a une peur panique de la solitude. J’ai voulu construire une double empathie au cours du film. On a parfois envie de le prendre dans ses bras puis on a aussi envie de lui donner des claques, pour qu’il se prenne en main. Avec ce personnage, j’ai voulu aussi mettre en scène la fragilité, le besoin irrépressible d’être avec quelqu’un, même si c’est la mauvaise personne. Avec Matila Malliarakis, nous avons travaillé le bégaiement, l’hésitation, en assumant un côté irritant chez le personnage. Je n’aime pas les personnages lisses, polissés par le besoin d’efficacité cinématographique.
Pour donner corps à ces personnages, vous avez choisi deux jeunes acteurs qu’on n’attendait pas forcément ici.
C’est une histoire de rencontres, tout simplement. Chacun avait en lui les fondements des personnages. Matila, avec son physique gringalet… Et Guillaume, avec son côté petit coq et son côté Saint Bernard. On a beaucoup travaillé en amont pour se mettre d’accord et pour que chacun, à sa manière, pose un vrai geste artistique au sein du film.
De l’écriture au film tel qu’il se présente aujourd’hui, le propos semble s’être un peu radicalisé. La forme a beaucoup d’importance pour vous…
Oui. La forme est importante, car elle est constamment au service du fond, de ce qu’on veut incarner, défendre. Je n’aime pas la forme pour la forme où on sent que le cinéaste veut juste faire le malin. Je suis en constante recherche formelle dans ce sens où je me pose constamment la question de “Comment raconter cela ? Où mettre la caméra ? Quel est l’endroit le plus juste ?” , etc.