"Prendre le premier gros plan, le premier baiser, faire couler la première larme. Etre le premier sur terre à prononcer "Je t'aime". Mais la réalité est différente. Le monde est plein d'amour. L'amour est en passe d'être noyé, dans le cinéma. Rien qu'à l'idée de dire "Je t'aime", on sent monter la nausée. Même si on ne l'a jamais dit, si on n'a jamais fait le film, on sait de quoi il retourne. On connaît l'histoire, les sentiments, les cadrages, jusqu'au rabâchage.

Nous sommes déflorés depuis longtemps. Pourtant, même si les mots ne sont plus propres, l'intention vient toujours du cœur le plus pur. Comment fuir l'ombre des clichés pour arriver en un lieu où l'on peut regarder une femme dans les yeux et lui dire un "Je t'aime" qui ait un sens et du poids? Le problème est aussi personnel qu'esthétique. Comment fait-on un film sur l'amour? Comment donne-t-on une vie nouvelle à des clichés qui portent encore une vérité, tout fatigués et usés qu'ils soient ? Nous n'apportons pas la réponse, mais notre film essaie de le faire. C'est une déclaration d'amour à la fumée, au cinéma, aux beaux regards, aux mains fragiles, et à Copenhague - mais ça, c'est une autre affaire.

Une chose peut être révélée pourtant : ce n'est qu'en acceptant oe que l'on sait et ce que l'on veut que l'on peut progresser. L'imitation de l'innocence n'a jamais marché. Le premier gros plan est pris et il ne reviendra jamais.

Enfin, alors que notre but était de trouver un lieu où les choses avaient du poids, nous avons voulu que le chemin qui y mène ait la légèreté d'une brise d'été. Autoriser {et même forcer} la beauté et l'émotion à s'y glisser, mais comme le vent qui surprend par sa douce plénitude. Autrement dit: Pas de gothique. Il faut séduire avec douceur et imperceptiblement. Tout a son ordre et sa place, mais les objets se décalent, se dérangent et se transforment jusqu'à ce que l'on arrive à quelque chose d'irrémédiablement neuf. Un lieu où l'on dit "Je t'aime" pour la première fois. Ou presque."

Christoffer Boe