« Je suis parti d’un fait divers que j’avais lu dans le journal. C’était l’histoire d’un jeune homme pauvre qui vivait avec ses deux frères, sous la coupe d’une mère tyrannique. Par l’entremise d’un de ses copains, d’un milieu plus aisé, il avait fait la connaissance de la mère de ce dernier avec laquelle il entretenait une relation platonique mais très intime. L’ex-mari de cette femme, alcoolique et violent, en avait pris ombrage et avait convoqué le jeune homme, un soir, dans un endroit isolé. Inquiet, le jeune avait emporté une carabine. Dans l’obscurité, il a cru voir s’avancer l’ex-mari avec une arme et il a tiré. En réalité, il s’agissait du copain, qui était venu accompagner son père, et n’avait pas d’arme. L’assassin a été condamné à 18 ans de prison. Il a continué à entretenir une relation épistolaire avec la mère du jeune homme tué. Celle-ci avait promis de l’attendre, malgré tout, et de l’épouser à sa sortie de prison. L’histoire était extrêmement sombre et la fin difficilement crédible pour le spectateur : ce qui est vrai dans la réalité n’est pas toujours vraisemblable au cinéma…Mais j’ai gardé certains éléments de ce drame et je les ai fusionnés avec le désir que j’avais de raconter une ascension sociale à travers le football.

Petites superstitions

En amont du tournage, j’ai passé du temps avec l’équipe du club de Toires, une petite ville près d’Angers. Je suis parti en déplacement avec ces jeunes, je les ai suivis pendant leurs matchs. C’étaient tous des mômes de milieux très simples ; il n’y a pas beaucoup de bourgeois dans le foot. Ce qui m’amusait, c’était de voir les petites superstitions auxquelles ils s’adonnaient. Des rituels qui avaient toujours à voir avec le corps : cela tournait autour des relations sexuelles, proscrites la veille des matchs, ou des caleçons fétiches, qui ne devaient surtout pas passer à la machine !"

Au ras du terrain

Pour filmer les scènes de match, on a pris le parti, avec mon chef-opérateur Gérard de Battista, de tourner au ras du terrain. On a pensé notamment à Ken Loach, qui est un grand amateur de football. Avec les matchs sur Canal +, on est habitué à avoir une multiplicité de points de vue, il y a des dizaines de caméras qui filment l’action…Mais il manquera toujours la sueur."

Pour quelques centimètres

"Le dernier jour de tournage, on a filmé la scène dans laquelle Jalil Lespert est en prison. Le jour suivant, il devait enchaîner sur Ressources humaines. Du coup, Laurent Cantet, le réalisateur (A voir également sur Universcine L'emploi du temps du même réalisateur), est venu pour vérifier qu’on ne coupait pas trop court les cheveux de Jalil. On a dû négocier les centimètres !"

Bernard Stora