Une série de violences

Entre 2008 et 2009 en Hongrie, un groupe armé a commis des actes de violence contre les Roms. 16 maisons ont été attaquées avec des cocktails Molotov et 63 coups de feu ont été tirés. Ces crimes ont fait 55 victimes. 5 personnes ont été blessées. 6 sont mortes dans les attentats. Les suspects font actuellement l'objet de poursuites pénales. Bien que témoin de ces actes criminels, le film ne communique pas les informations publiquement révélées sur les événements réels.

Traqué

Ces meurtriers sont des personnes comme tout le monde. Le meurtre est juste un épisode de leur vie mais qui les détruit eux et leur entourage. Ce sont des loosers. C'est la conclusion à laquelle je suis arrivé après quelques entretiens avec des meurtriers condamnés. Lors du tournage de Just the Wind, il était plus important pour moi de me centrer sur les victimes potentielles. C'est un grand défi d’arriver à faire ressentir au public un peu de ce que vivent ces personnes lorsqu’elles sont traquées.

Les héros de mon film sont de simples Roms : une mère qui élève ses enfants, un garçon de onze ans et une adolescente. La mère s'occupe de son père invalide et entre-temps travaille comme femme de ménage, la jeune fille va à l'école et le garçon erre dans le quartier. Leurs chemins se séparent durant la journée et la question est, vont-ils se revoir en vie le soir ?

Quand un Rom est seul

Je ne voulais pas dépeindre les Roms en groupe tambourinant sur de la tôle, jouant du violon ou en train de danser. En partant de ce point de vue-là, c’est-à-dire en m’éloignant des clichés, j’ai voulu comprendre ce qu’il se passe quand un Rom est seul. Il s'agit d'une question très importante, parce que l'image dépeinte des Roms comme des créatures d'instinct, pleurant tout en chantant, va de pair avec le fait qu'ils apparaissent presque exclusivement dans les grands groupes chaotiques. Comme tous les stéréotypes, cela provient aussi de la réalité, mais elle est forcément déformée si on ne s’attache qu’à cette partie. Que se passe-t-il quand un Rom sort chercher du bois seul ? Quand il est seul chez lui ? Etc. Que se passe-t-il quand un Rom refuse de correspondre à l’image stéréotypée que peuvent attendre ceux qui viennent le voir dans son campement ?

Agressions / Motivations

Quand j’écrivais le scénario, l’origine de ces meurtres était assez obscure pour moi. Qu’est-ce qui pousse ces gens à agir de la sorte ? Ils ont tiré sur des Roms qui travaillaient dur, pas des “parasites”. Une logique raciste ne pouvait pas donner de sens à cela. Après tout, les racistes aiment particulièrement à souligner que ce n'est pas tous les Roms, les Juifs, bref celui qui est différent, qui causent des problèmes, mais seulement ceux qui volent, mentent, tuent, ne travaillent pas, etc... Seuls ceux-là doivent être rejetés, raflés dans les ghettos et exterminés, pas les autres. Dans ce cas, il semble que les criminels aient assassiné délibérément des “Roms honnêtes”. Pensant que cela déclencherait une vendetta sanglante, le but étant de provoquer une guerre civile. Quel plan ! La loi appelle cela un motif sinistre, et moi de l’idiotie. Le racisme est aussi une suite fatale d’erreurs de raisonnement.

Relations avec les Roms

J’ai eu beaucoup de copains Roms, quand j'étais gamin. Puis ensuite je n’ai plus eu aucun contact avec eux. Au cours de ces deux dernières années, j’ai rencontré pas mal de Roms qui sont devenus des amis. Quand je leur ai dit que nous allions tourner Just the Wind, certains ont semblé se désintéresser de nous. Ils étaient au courant des meurtres et se sont sentis mena- cés. C’est terrible de constater l’inefficacité des diverses tentatives pour sortir de cette situation désespérée. Le racisme est aussi contagieux chez les Roms, il se manifeste souvent par la haine de soi. Pour moi l'image de la société rom est en fait la version tragi-comique de la Hongrie elle-même.

Bence Fliegau, 2012