En tant que cinéaste, je veux toucher le public par la beauté. Le réalisme social ne m’intéresse pas.
Je cherche dans mes films une authenticité qui se trouve sous la surface des choses, une authenticité qui se veut aussi être une quête de la beauté et qui peut toucher émotionnellement les spectateurs.
Le film se déroule dans un environnement social et psychologique banal, mais je n’avais pas pour autant envie de faire un film naturaliste sur un garçon mal aimé dont le quotidien est sinistre. La vie ne peut se résumer au quotidien que nous connaissons tous et je trouve bien plus passionnant de travailler par contrastes.
L’esthétique colorée et la musique romantique transforment ce film en une expérience visuelle revigorante en proposant une autre perspective sur le monde intérieur des personnages. Cela ajoute de la poésie et de l’ironie là où le réalisme social aurait tendance à en retirer.
André Sollie, l’auteur du livre qui a inspiré le film, et moi parlons des mêmes choses comme le premier amour. Nous nous passionnons tous les deux pour ces moments dans la vie où l’amitié se transforme en amour. C’est un thème récurrent dans mes courts-métrages aux côtés des thèmes du désir et du rejet.
Avec ce film, j’ai voulu résolument me détourner d’une fin dramatique que l’on trouve habituellement dans le cinéma gay. On nous a trop souvent montré comment l’amour gay conduisait inévitablement à la déception, la violence voire la mort et je n’avais pas envie d’ajouter un film à cette liste déjà longue.
Le scénario situe l’action à l’époque de notre jeunesse, il y a quelques décennies mais nous voulions donner au film une certaine intemporalité. L’histoire se déroule dans le monde de la jeunesse sans spécifier l’époque. J’ai pensé que c’était là le meilleur cadre à l’histoire d’amour que je racontais. Je voulais trouver un équilibre entre les liens interpersonnels et l’universel.
Personnellement, je pense que ce film touche à l’universel quand il parle d’amour, l’amour non partagé étant le thème principal du film. Que cet amour soit homosexuel ou non nous importe au final assez peu.
C’est dans cet esprit que j’ai travaillé avec les acteurs et l’équipe du film. Au lieu d’insister sur les différences entre l’homosexualité et l’hétérosexualité, nous avons mis l’accent sur les similarités. Toute histoire d’amour comporte des éléments de désir, de rejet, de tromperie, de passion...
Bavo Defurne