Dans votre film de fin d'études Under The Sun, vous abordiez déjà le thème de l'innocence corrompue. Pourquoi ce thème vous tient-il à coeur ?

J’aime les histoires qui dérapent, les histoires d’hommes qui succombent à leur côté sombre. J’aime les situations et les circonstances qui amènent une personne à commettre l’inimaginable. La lecture de Crime et Châtiment de Dostoïevski à l’âge de 12 ans m’a fasciné. Evidemment, je n’ai pas tout compris à l’époque, mais j’ai pris conscience que le mal est présent en chacun de nous. Cette idée m’a bouleversé et ne m’a jamais quitté depuis.

Dans Il était une fois un meurtre, vous adaptez le livre de Jan Costin Wagner Le Silence. Comment votre intérêt s’est-il porté sur cet ouvrage ? Avez-vous travaillé l’adaptation avec l’auteur ?

J’ai véritablement dévoré ce livre. Jan Costin parvient formidablement à suggérer une atmosphère et des images au lecteur. Mais ma fascination pour cette œuvre tient avant tout à ses protagonistes : leur colère, leur désespoir, leur perte. Jan Costin donne vie à de véritables personnages, ni noirs ni blancs. Exactement le genre de rôles qui m’intéresse ! A mon avis, le bien et le mal n’existent pas. Les monstres n’existent pas, seulement des hommes capables d’actes monstrueux.

Nous nous sommes rendu compte que nous portions le même regard sur ces personnages et sur le chemin que devait prendre l’adaptation cinématographique. Nous avons donc travaillé en étroite collaboration, passé en revue ensemble chaque version, beaucoup discuté et adapté le script en conséquence.

Définissez-vous votre film comme un polar ? Si oui, quelles sont vos influences ?

Il était une fois un meurtre est un film dramatique avec des éléments de thriller. La disparition de la jeune fille tient évidemment lieu de fil conducteur, mais les personnages, leur réaction face à cette disparition, leur impuissance et leur perte en constituent le thème principal. Je tire principalement mes influences de productions sud-coréennes et de films du Nouvel Hollywood.

Les personnages ont tous l’air de cacher le côté sombre de leur personnalité. Comment avez-vous dirigé vos acteurs pour leur faire rendre leur silence si éloquent ?

D’un point de vue de spectateur, je pense que la qualité d’un acteur tient à sa façon de faire transparaître ses émotions sans avoir à les exprimer avec des mots, à faire vivre ses sentiments en silence. Je n’aime pas les longs dialogues. Mais avant tout, il s’agit précisément du thème abordé dans Il était une fois un meurtre : la stupéfaction, l’incapacité de communiquer, le silence.