Que connaissiez-vous de la culture tsigane ?

Je n'ai pas du tout eu le sentiment d'être une étrangère en Transylvanie. C'est une culture qui me fascine totalement et dans laquelle j'avais envie de m'immerger. Je crois vraiment que c'était une expérience importante pour moi comme être humain, plus encore que comme actrice.

De toutes façons, je ne suis vraiment chez moi nulle part. Je suis toujours prête à faire ma valise et à partir : je crois que je n'ai pas d'ancrage. C'est en cela que nous sommes si proches, Tony et moi. En plus, une de mes arrière-grand-mères était tsigane et ma mère est très proche de la culture rom. Autant dire que je me sens à l'aise parmi les tsiganes.Souvent, en Occident, on me trouve étrange et un peu effrayante : les tsiganes, eux, m'acceptent telle que je suis.

Comment votre personnage s'est-il construit ?

Une fois que Tony Gatlif m'a proposé le rôle de Zingarina, nous nous sommes vus très souvent en amont du tournage pour parler de l'évolution du film qui, pendant une année, n'a cessé de changer. Je sentais que Tony nourrissait le personnage de Zingarina de mon propre vécu.

Tony Gatlif dit de vous que vous ne vous protégez pas, et que c'est ce qui lui a plu…

Il n'y a qu'avec lui que je me suis autant livrée, parce que je lui ai fait une confiance absolue. J'ai longtemps cru que j'avais fait une grande rencontre avec Abel Ferrara, mais c'est Tony qui m'aura le plus marquée. D'ailleurs, à la fin du tournage, j'ai ressenti un vide immense et un manque terrible. Car je me suis rendu compte que les metteurs en scène qui m'avaient dirigée jusque-là n'avaient pas été très exigeants avec moi ! Tony, lui, me surprenait chaque jour, d'autant qu'il ne donne pas le scénario aux comédiens… J'avais vraiment envie d'adopter le point de vue de Tony sur le film ! Du coup, je n'étais pas totalement consciente de ce que je tournais au moment où je le tournais. J'étais comme possédée…

Le film fonctionne beaucoup sur les signes. Êtes-vous vous-même superstitieuse ?

J’ai grandi dans la superstition ! Ce sont sans doute mes origines italiennes et siciliennes qui l’expliquent. Je ne cherche jamais à provoquer le destin afin de me prémunir du malheur. Oui, je suis très attentive aux signes. J'ai même un oeil tatoué sur le corps, à l'image de l'oeil dans la main de Zingarina…

Le fait que vous soyez réalisatrice a-t-il une influence sur votre regard d'actrice ?

Oui, bien sûr. Sur le plateau, je m'intéresse au son, à la lumière, au cadre. En général, quand je travaille comme comédienne, je dissimule ma curiosité parce que cela a tendance à mettre le réalisateur mal à l'aise : si je fais une suggestion, le metteur en scène se sent dépossédé de son pouvoir. Mais avec Tony, je n'ai pas eu à me cacher, car il n'a pas besoin d'affirmer son autorité. Il est très attentif aux comédiens et il leur communique beaucoup de sa propre énergie. Ce qui est formidable, c'est qu'il fait en sorte que le film appartienne à chacun des membres de l'équipe. C'est ainsi que chaque acteur et chaque technicien peut dire "c'est mon film."