Evitant la reproduction d’une mise en scène sensationnaliste, syndrome des fictions historiques, The German explore la mémoire collective sous un angle inédit, au cœur d’un kibboutz israélien dans les années 1970. La famille d’Uri a trouvé refuge dans ce cadre paisible marqué par une vie en collectivité. Il forme un clair-obscur avec les rues de Munich, dont l’atmosphère écrasante enferme Uri dans quelques spectrales images mentales qui déséquilibrent sa silhouette de colosse. Avec force et vulnérabilité, l’interprète Oliver Masucci poursuit ses métamorphoses. Tantôt sous les traits du réalisateur Rainer Werner Fassbinder dans Enfant terrible, tantôt dans la peau d’un ancien président de la Deutsche Bank dans la série Herrhausen – The Banker and the Bomb, il a coutume d’incarner les fantômes de l’Allemagne d’après-guerre.


Au coeur du récit, un choc des générations se profile : enterrer l'histoire ou la déterrer des archives ? En recueillant les récits des survivants de la Shoah, le duo que forment Tamar, la fille, et son compagnon, rappelle que le temps du témoignage et de la réparation mémorielle a débuté. On ne peut s'empêcher de penser à Maus (1986), bande-dessinée autobiographique d'Art Spiegelman reposant sur les récits de son père, sans oublier le monument documentaire de Claude Lanzmann tenant pudiquement en un mot : Shoah.