Le film raconte l’histoire d’une guerrière.
Une petite fille en guerre contre tout. Évoluant dans un environnement cruel, elle se bat. Et elle vit comme on lui a appris à vivre, sur le fil du rasoir, instinctivement.
Au-delà de la chronique d’époque ; le Beyrouth des années 80 et la guerre, le film cherche à explorer les tâtonnements entre le Bien et le Mal de cette fille. Car Lina lutte au quotidien pour trouver une normalité au sein d’une famille et d’un pays qui se meurent.
Pour retrouver le goût de cette période épique de ma vie, pour incarner ce chaos intime, j’imagine un décor fragmenté, comme les visages des personnages, montrés souvent en amorce.
Je ne voudrais pas déceler la géographie des lieux pour la simple raison que je fais du cinéma pour raconter des sensations, par petites touches... Et puis aussi, parce qu’on se trouve dans l’oeil du cyclone, au centre d’un monde, dans la tête de la petite fille. On vit dans un trou sombre et clos.
Ce drame de la mort dans la vie se trouve incarné dans la chair même des personnages. Ils portent cette contradiction en eux. Les adolescents, - la bonne, ses amants et les jeunes miliciens - affichent de faux airs enjôleurs. Ils sont cruels. La petite fille, elle, est un mélange trouble de sensualité brute et d’innocence. La tante habite un corps énergique, mais sec. Les parents sont leurs propres victimes et démons, en pleine déchéance psychique…
Mes personnages sont tous morts quelque part. Et je ne voudrais filmer que leur acharnement à ressusciter, qui transpire à travers les scènes de colère et les rapports de sexe.
Enfin, je vous avoue que je ne voudrais pas me trimballer toute ma vie avec un premier long-métrage triste à mourir.
Pour moi, la frontière bascule, de la noirceur des situations à la vulnérabilité des corps. Et j’aimerais tant avoir comme un voile blanc qui enveloppe ce film dans un souvenir bien protégé, qui ne devient jamais présent. Il restera dans le passé…”"
Danielle Arbid