Quel a été le point de départ du film ?

Je voulais faire une comédie sur une bande de copines qui mettent leur quotidien de côté quelques jours pour partir s’éclater entre elles, une sorte de Very Bad Trip au féminin. Sauf qu’au lieu de Las Vegas, elles vont faire la fête dans un festival de cinéma.

L'intrigue pourrait tout aussi bien se dérouler dans un club de vacances ou dans un mariage, non ?

Absolument, j’avais vraiment le souci de faire du festival une toile de fond, et en aucun cas le sujet du film. Les attentes des personnages sont claires, elles sont là pour draguer et oublient même que certains sont là pour travailler...

Vous n'avez pas eu peur que le film se perde dans l'urgence d'un tournage qui s'inscrivait dans un "vrai" festival ?

J’ai su très vite que je voulais partir tourner dans un vrai festival, comme j’avais déjà utilisé dans Roc et Canyon, un de mes courts-métrages, le décor naturel d’une véritable colonie de vacances pour le tournage d’un scénario pourtant très écrit. C’était comme une petite guerre, on était tout le temps sur le pont. Nous étions une équipe réduite, et on a entraîné tout le monde dans notre enthousiasme, c’était une énergie très puissante.

On retrouve le thème de vos précédents films : la parole au centre de l'amitié entre filles qui est encore le support d'une recherche sur le langage et la musique de la conversation.

Oui, mais mes films précédents se situaient dans une approche plus radicale, plus brute. Avec Les Coquillettes, je me suis autorisée l’artifice, en me disant : quitte à fabriquer, autant y aller à fond : par exemple, on a recréé un son réaliste, à l’américaine, après avoir effacé intégralement celui du tournage. C’est toute la magie de faire du faux avec du vrai.

Par exemple ?

La comédie est affaire de rythme, Les Coquillettes est un film beaucoup plus vif et rapide que les précédents que j'ai réalisés. J'y poursuis avant tout l'efficacité de la comédie. Je revendique la dimension expérimentale de La Vie au ranch, mais il y avait quelque chose dans le film qui ne se donnait pas facilement. J'ai souffert de ne pas être comprise, que l'on ne saisisse pas ce qu'il y avait de très structuré et travaillé derrière l'impression de désordre et de vacuité que je poursuivais. Les Coquillettes est un film plus accessible.

Comment avez-vous constitué votre casting ?

Cela faisait longtemps que j'avais envie de faire jouer Camille Genaud et Carole Lepage. Elles ne minaudent pas et me rappellent ces actrices américaines belles et drôles, du type Cameron Diaz, qui n'ont quasiment pas d'équivalent dans le cinéma français. Ce ne sont pas des jeunes premières mystérieuses. Et surtout elles n’ont pas peur du ridicule ! Quant à moi, la moindre des choses était de ne pas m'épargner et de m'exposer autant qu'elles !

Pour le reste du casting, nécessairement, on a tourné avec les gens qu'on avait sous la main, des festivaliers curieux et bienveillants, que je ne connaissais pour la plupart pas avant de tourner.

On a l'impression que vous cherchez à inventer un certain type de personnage féminin, à la fois très réaliste et très décompléxé...

Elles ne sont pas si décomplexées, elles sont mêmes toutes les trois névrosées ! C'est plutôt le ton général du film qui est décomplexé, et le portrait qu'il fait d'une camaraderie pour une fois féminine