Parlez-nous du personnage de VICTORIA ?
Victoria a sans doute toujours été sage et irréprochable. Elle s’est toujours conformée aux règles que dictent la vie et le monde. Elle a fait du piano pendant 16 ans, 7h par jour sans faillir, rêvant sans doute d’être concertiste jusqu'au jour où elle s’entendra dire que non ! Qu’elle n’est pas assez douée, que tout est terminé. Et là, sans doute se produit la brisure qui la fait se sentir démunie, paumée, et qui va la rendre disponible et capable de vivre cette nuit de tous les possibles.
Pourquoi VICTORIA est-elle espagnole et quel est le lien avec Berlin ?
La rencontre d’une jeunesse allemande, élève bien pensante dans une Europe des inégalités, et d’une jeunesse espagnole moins riche et en proie à de grandes difficultés, m’intéressait. Les deux se retrouvant sur une absence d’avenir programmée. Dans cette inquiétude de la jeunesse, j’aimais cette solidarité du " qui es-tu, d’où viens-tu " ? Cette vérité va plus loin que les bonnes intentions.
Quels sont les films qui vous ont inspiré pour VICTORIA ?
Sans prétention, aucun, car nous voulions absolument créer de toute pièce une véritable expérience pour le spectateur, pour cela il fallait que c’en soit une pour nous, pour l’équipe technique, pour les acteurs, pour tous ceux qui y participaient. Nous avons envisagé le film comme le résultat de cette expérience, et nous savions que pour réaliser cela nous devions nous éloigner des codes du cinéma, pour créer quelque chose d’unique, de nouveau, avec sa propre saveur, sa propre odeur, sa propre épaisseur.
Que souhaitiez-vous montrer de Berlin dans le film ?
Pour moi Berlin est la meilleure ville du monde pour ce film car elle incarne le " ici et maintenant " de cette fureur de vivre.
Que nous dit VICTORIA ?
Je vous répondrai par une de mes citations favorites : " Mais je n’en veux pas du confort, je veux Dieu, je veux de la poésie, je veux du danger véritable, je veux de la liberté, je veux de la bonté, je veux du péché " Aldous HUXLEY (Le Meilleur des Mondes). Pour moi c’est cela le cinéma, je veux déranger aussi. Victoria, c’est pour moi la liberté, la bonté et le péché réunis.
Comment s’est déroulée l’écriture du scénario ?
Nous avions douze pages de texte où figuraient les scènes, les lieux et les actions des personnages. La volonté d’expérimenter ce que nous allions vivre s’est traduite par l’improvisation des dialogues. Nous voulions ce risque de développer au fur et à mesure les idées, l’intrigue et les motivations des personnages. Toutes nos décisions ont été prises et exécutées au moment du tournage, avec l’excitation que par la force des conditions de tournage elles devenaient définitives. La contrainte, la peur, l’adrénaline et l’euphorie de l’obligation d’un choix sans retour étaient notre moteur.
Comment avez-vous géré le temps du tournage ?
C’est une des premières fois de ma vie où j’ai éprouvé un sentiment de perte totale du contrôle, ce qui n’est pas évident pour un réalisateur. Le principe même de notre métier nous habitue à contrôler le sourire d’un acteur, le mouvement de ses mains, à distinguer son murmure d’une diction à haute voix ou d’un chuchotement. À dessein on refait les scènes jusqu'à obtenir ce que nous voulons. Mais la volonté de réaliser Victoria en un seul plan et en temps réel ne le permettait pas, et pourtant il fallait que je réalise un film maîtrisé, j’ai donc appris à m’exprimer comme un entraîneur.