RWANDA QUELQUES REPERES
FIN DU XIXe SIECLE : arrivée des premiers Blancs (des Allemands) au Rwanda, à la mort du roi Kigeli IV. Ils pratiquent une colonisation « légère », puisqu’ils sont peu nombreux, et « indirecte » en laissant le nouveau roi gérer jusqu’à un certain point les affaires du pays. C’est cette première colonisation allemande qui, de façon décisive, a permis l’installation de la monarchie et de la hiérarchie des chefs locaux (Tutsi) sur diverses régions du pays, initiant un processus de centralisation administrative, en annexant notamment certaines principautés hutu…
1916 : FIN DE LA COLONISATION ALLEMANDE liée à la Première Guerre Mondiale. Les Belges, qui contrôlent le « Congo belge » voisin (par la suite Zaïre, aujourd’hui République Démocratique du Congo), conquièrent militairement le Rwanda, mettant facilement fin à la faible présence allemande.
1916-1926 : PERIODE D’INSTALLATION DES BELGES au Rwanda qui expérimentent au départ la colonisation « indirecte », comme les Allemands quelques années plus tôt. En 1926, les Belges introduisent un système de cartes d’identité par ethnie différenciant Hutu et Tutsi. Ce système est demeuré en place jusqu’au moment du génocide.
JUSQU’EN 1959 : COLONISATION BELGE. Après quelques hésitations par rapport à la monarchie rwandaise maintenue au pouvoir, le colonisateur belge continue de favoriser largement l’ethnie Tutsi minoritaire (en 1959, quand la Belgique se retire, 43 chefs locaux sont Tutsi sur les 45 en place…). La colonisation a également réduit le nombre de chefs locaux en concentrant les pouvoirs de certains d’entre eux qu’elle contrôle en fait. Les chefs Tutsi qui personnifient localement « l’Etat » profitent de toute cette période pour s’emparer de terres autrefois propriétés des Hutu. Enfin, les Tutsi ont évidemment davantage accès à l’éducation.
1959-1962 : « REVOLUTION » NATIONALE ET INDEPENDANCE. L’ethnie Hutu se révolte après des décennies de dominations coloniales et Tutsi.
1962 : LA « REPUBLIQUE HUTU » Le Rwanda acquiert officiellement l’indépendance en 1962. Les Hutu prennent le pouvoir. Les Tutsi en sont écartés aussi bien au niveau local que national.
1962-1973 : PRESIDENCE DE GREGOIRE KAYIBANDA, dirigeant du parti au pouvoir, le PARMEHUTU.
JUILLET 1973 : COUP D’ETAT DU GENERAL HABYARIMANA
1973-1994 : présidence de Habyarimana : les Tutsi sont toujours maintenus à l’écart, le régime demeure autoritaire. 1990 : DEBUT DE LA GUERRE CIVILE. Le régime est de plus en plus mal en point. L’appel pour la démocratisation en Afrique du Président Mitterrand au sommet franco-africain de La Baule est entendu avec espoir au sein de l’opposition au régime du Président Habyarimana. Le Front Patriotique Rwandais (F.P.R.), opposition armée issue de l’ethnie Tutsi en partie exilée, attaque le Rwanda en octobre 1990. La guerre civile va durer plus d’un an.
1991-1993 : UNE INTERVENTION ETRANGERE des armées française et belge empêche la progression du F.P.R. et arrête de facto la guerre civile en cours. Des accords de paix signés à Arusha instaurent un cessez-le-feu et doivent lancer un processus de démocratisation du pays qui aura bien du mal à se mettre en place. Ces accords sont placés sous la protection d’un petit nombre de Casques Bleus de l’ONU (forces de la MINUAR). Un gouvernement de coalition voit le jour, mais les extrémistes de chaque camp multiplient les incidents violents dans tout le pays. Les extrémistes Hutu font pression sur le président Habyarimana qui bientôt, incitent ses troupes à se tenir prêtes pour reprendre en main le pays et instituer un régime hutu.
6 AVRIL 1994 : ATTENTAT CONTRE LE PRESIDENT HABYARIMANA. Le Président Habyarimana et le Président du Burundi sont tués dans un accident d’avion orchestré par les extrémistes hutu pour empêcher l’application des accords de paix. Le meurtre organisé de tous les Tutsi haut placés et des Hutu modérés commence ce même soir.
AVRIL 1994 - JUILLET 1994 : GENOCIDE. En à peine trois mois, plus de 800 000 personnes (Tutsi principalement mais aussi des Hutu modérés) trouvent la mort dans d’atroces conditions, pourchassées par des milices d’Hutu extrémistes, généralement armés de machettes. Ils sont encouragés par certains membres extrémistes de l’ex-gouvernement et leur radio : Radio Mille Collines. A la fin de cette « saison de machettes » comme l’appellera Jean Hatzfeld (Seuil, « Fiction & Cie », 2003), le F.P.R. reprend l’offensive et avance rapidement sur la capitale Kigali. Pendant toute cette période, les atermoiements du Conseil de Sécurité des Nations Unies font qu’aucune intervention internationale n’arrête le génocide en cours. Les Casques Bleus, jusqu’à leur départ en catastrophe, n’interviendront pas.
JUILLET 1994 : opération « Turquoise » de l’armée française qui stoppe l’avancée du F.P.R. Le gouvernement et les militaires français seront accusés d’avoir protégé les génocidaires dans leur fuite au Zaïre notamment. Le F.P.R. conquiert Kigali, prend le pouvoir et instaure un nouveau régime à partir du mois d’août.
Aujourd'hui, le pays vit en paix, mais la déchirure reste vive au sein de toute la population : survivants tutsi et miliciens hutu ont souvent regagné leurs villages (fuyant souvent les guerres civiles des pays voisins où ils s’étaient réfugiés), et cohabitent parfois les uns à côté des autres. Un Tribunal Pénal International, réuni à Arusha (Tanzanie), a jugé entre 1997 et 2000 les principaux instigateurs du génocide et certains chefs miliciens.
QUELQUES DONNÉES SUR LE RWANDA
Malgré certaines richesses naturelles (or, étain, méthane, etc…) et de bonnes terres cultivables, le Rwanda est peuplé de 8 millions de personnes environ dont 90% travaillent dans le secteur de l’agriculture. 60% vivent en-dessous du seuil de pauvreté. L’espérance de vie est de 39,18 ans (estimation 2004). On estime que 51% des Rwandais sont infectés par le virus du sida.