Préliminaires à la guerre civile

1930 :

Fin de la dictature de Miguel Primo de Rivera

1931 :

Départ en exil du roi ; la Seconde république est proclamée, une nouvelle Constitution voit le jour. Elle est laïque et socialement avancée. Les réformes commencent. Elles sont appuyées par les socialistes et la gauche républicaine. La droite est en déroute

1932 :

Tentative de coup d’état par un segment de l'Armée. Il est facilement maîtrisé. Les réformes continuent. La droite politique se resaissit.

1933 :

Fondation de la Phalange, parti "nationaliste et fasciste", sur le modèle italien. La gauche républicaine et les socialistes diffèrent sur le rythme et la profondeur des réformes. Ils vont aux élections en ordre séparé. Les centristes, appuyés par la droite, forment le gouvernement.

1934 :

La droite veut élargir son emprise et vider de contenu les réformes entamées. Grèves, insurrection des Asturies, matée par Franco en tant que conseiller du Ministre de la Guerre. Une féroce répression s´ensuit.

1935 :

La droite catholique rend les réformes bancales, en particulier la réforme agraire. Elle domine le Ministère de la Guerre. Franco est  nommé chef de l’état-major.

1936 :

Février : victoire du Front Populaire aux élections. Les réformes recommencent. Effervescence à droite. Grèves à gauche. Assassinats politiques. La crainte du fascisme se répand.

Juillet : soulèvement militaire, préparé de longue date par le général Mola avec une certaine connivence italienne. Il est lancé au Maroc par Franco qui adhère très tard à la conspiration.

La Guerre (1936-1939):

1936 :

Juillet : Le soulèvement se répand dans la péninsule. Mola lance le mot d'ordre : il faut libérer l'Espagne du marxisme. Dans les zones occupées la répression est brutale. La droite et les phalangistes s'en donnent à cœur joie. Les rebelles sollicitent (et reçoivent) l'aide de l'Allemagne et de l'Italie : avions, pilotes et équipement.

Août : Le Gouvernement est contraint d'armer le peuple. Dans les zones industrielles la rébellion ne triomphe pas mais l'appareil étatique s'effondre. C'est l'heure de la révolution sociale menée tambour battant par les anarchistes. Franco installe son quartier général à Séville et réintroduit le drapeau monarchiste. Déclaration franco-britannique de non-intervention. C'est le tocsin pour la république. L'Italie, l'Allemagne, l'URSS y adhèreront mais les puissances fascistes en font fi. Fort de leur appui, Franco remporte des victoires militaires faciles.

Septembre : le président de la république considère que la guerre est perdue. L'Espagne ne peut faire face toute seule à une rebellion militaire semi-victorieuse, aux puissances fascistes et au manque d'appui des démocraties. A la fin septembre, Franco est nommé généralissime et chef de l'Etat. Le démantèlement des réformes républicaines s'intensifie. S'annonce une nouvelle forme étatique pénétrée de cléricalisme et de fascisme.

Octobre : l'aide soviétique commence à arriver chez les républicains. Staline ne veut pas que le fascisme remporte une victoire facile en Espagne. Les Brigades Internationales sont formées (des volontaires de presque tous les pays). Depuis le début du mois, des plans se préparent à Berlin pour envoyer un nouveau type d'aide: une formation inter-armes sur la base d'une aviation performante. C'est la Légion Condor. Novembre: commence la bataille pour Madrid. Reconnaissance de Franco par l’Allemagne et l’Italie. Dès lors leur prestige est en jeu. La Légion Condor arrive. Elle est placée sous commandement allemand directement rattaché à Franco. Décembre: Madrid résiste à Franco.

1937 :

Les premières batailles rangées : Jarama (Février), Guadalajara (Mars). Les offensives franquistes sont mises en échec, mais la république perd Malaga. Franco renforce son pouvoir et crée un parti unique qui lui est soumis. Les fascistes y cohabitent avec des monarchistes. A la suite des suggestions allemandes, Franco tourne les opérations vers le Nord. Il commence á développer une stratégie pour une guerre longue. Madrid restera encerclée jusqu'à la fin de la guerre.

Avril : bombardement de Guernica par l’aviation allemande. Franco en impute la responsabilité aux républicains.

Mai : des émeutes à Barcelone. Un bras de fer commence entre les anarchistes et trotskistes d'un côté et les nationalistes catalans et les communistes de l’autre. Le gouvernement républicain intervient contre l'insurrection. La crise s'ouvre. Un nouveau gouvernement prend fermement le contrôle de la guerre, sous la présidence de Negrin. Les anarchistes en sont écartés. Des mesures sont prises contre les trotskistes. C'est le tournant de la guerre mais le Nord républicain tombe.L'Armée Populaire se bat déjà avec une certaine efficacité (batailles à Brunete (juillet) et Belchite (août)) mais la balance penche définitivement du côté franquiste. L'URSS a fortement diminué son aide tandis que les puissances fascistes continuent à fournir des équipements à Franco. La république proclame vainement son adhésion aux valeurs des démocraties qui restent sourdes et muettes.

1938 :

Formation d’un gouvernement franquiste. Les républicains sont battus à Teruel et Aragon. La France s'inquiète après l'Anschluss. Que se passera-t-il si les puissances fascistes gagnent des bases en Espagne ? La frontière s'ouvre. La non-intervention est mise à l'écart mais les franquistes gagnent encore du terrain à coup de batailles. Franco s'abstient de porter un coup mortel. Il veut une guerre longue pour affermir sa position politique et liquider des "rouges".

En avril, c'est un nouveau gouvernement du Front Populaire, avec la participation des syndicats ouvriers et les anarchistes, qui essaie de définir les buts de la guerre : la défense de la démocratie et les réformes modernisantes. Bataille de l'Ebro (juillet-octobre) qui rappelle les grands engagements de la première guerre mondiale. Les républicains la soutiennent par des considérations politiques. Il faut se battre quand plane l'ombre d'un conflit européen. Munich met un terme à leurs espoirs mais l'URSS reprend alors son aide. C'est trop tard. Offensive franquiste (décembre) contre la Catalogne.

1939 :

Chute de Barcelone. Exode des républicains vers la France, exil du président de la république. La Catalogne se rend. La Suisse est la première à reconnaître l'Espagne de Franco.

1er avril : fin de la guerre civile. Les mythes franquistes sont à leur apogée, sous-tendus par un mélange de valeurs fascistes, autoritaires et conservatrices. Commence la purge des "rouges" dans l'envolée de la victoire. Commencent aussi les récriminations parmi les vaincus. Pourquoi avons-nous perdu ? L'anticommunisme triomphe.

En conclusion… La guerre civile ne fut jamais une croisade contre le communisme. La république ne fut pas soumise aux ordres de Mosco. Elle perdit la guerre à cause aussi de l'aide massive des puissances fascistes à Franco et du retrait des démocraties, ses efforts pour faire changer la France, l'Angleterre et les Etats-Unis d'avis s'étant avérés vains. Mais tout en se défendant, l'Espagne républicaine défendait aussi la démocratie européenne de l'agression fasciste.

Sous Franco : (1936-1975) :

Au début de la 2è guerre mondiale, bien qu’officiellement neutre, l'Espagne, exsangue, décimée, soutient fermement l'Allemagne et considère la possibilité d'entrer en guerre aux côtés des puissances fascistes au prix de l'invasion du Portugal.

Heureusement pour l'Angleterre, qui a fait tout son possible pour aider Franco à gagner la guerre civile, Hitler n'est pas prêt à payer le prix que Franco lui demande aux dépens de la France.

Emprisonnement d'anciens républicains, exécutions d’opposants… Franco parachève la contre-révolution débutée en 1936. Son gouvernement se livrera pendant tout son régime à une véritable chasse aux sorcières.

Après la guerre, dont elle sort unanimement condamnée comme alliée de l’Axe Rome-Berlin, l’Espagne est isolée. L'autarcie fait des dommages mais peu importe. Les élites franquistes s'enrichissent même si le pays est en plein naufrage économique.

Le rôle de la Phalange dans l’exercice du pouvoir s'amenuise. La scène internationale ne permet plus qu'elle continue à contrôler la vie politique, l’action syndicale, la presse, la radio, la propagande et la vie économique. Le salut romain est aboli. C'est un signe. En 1947, est affirmé le caractère monarchique de l’État espagnol. L’Espagne est un royaume sans roi où Franco décide de tout. Les libertés d’opinion, d’association, de réunion sont fictives.

La guérilla antifranquiste continue pourtant à être active.

Les années 50 :

Dans la guerre froide, l'Espagne se range aux côtés des USA. L'ancien allié d'Hitler et Mussolini devient la sentinelle de l'Occident, le pourfendeur sans tache du communisme. En 1955 elle entre dans l’ONU. Petit à petit, l’économie se remet en marche.

L’idéologie fascisante faiblit définitivement dans les années 1960 pour une conception plus libérale de la politique et de l’économie, mais pas au niveau des mœurs et de l’imprégnation du catholicisme. Après 20 ans de désastre économique, les années 60 seront celles de l’essor. Incitation au tourisme de masse. Franco continue de rassembler tous les pouvoirs.

Les années 70 : 

L’embellie ne durera pas longtemps. A partir de 1967, l’opposition à Franco devient de plus en plus forte : grèves, manifestations d’étudiants, attentats d’autonomistes basques. L’Église catholique cesse d’être un appui pour le régime et se range dans l’opposition. Des groupes catholiques prennent ouvertement parti pour les travailleurs dans leur lutte contre le gouvernement franquiste lors des grèves des mineurs de charbon des Asturies dès 1962 déjà. Le pouvoir du dictateur s'affaiblit progressivement vers la crise. Vieillissant, Franco cède brièvement en 1974 les rênes du pays à Juan Carlos, les reprend un peu plus tard, et meurt en novembre 1975.

La fin du régime franquiste sera la fin des valeurs qui lui étaient associées.

Dans les années qui suivirent, les gouvernements espagnols supprimeront les structures et législations archaïques de l'époque franquiste. L'Espagne adhère à l'OTAN, au Conseil de l'Europe et à la Communauté européenne. Peu a peu, elle devient une démocratie comme les autres. C'est l'échec historique du franquisme et ses valeurs.