Jeune Cinéma : Votre film est encore un film familial à tous les sens du terme, mais différent des précédents ? Est-ce un retour aux sources ou un revirement dans votre carrière prolifique ?

René Féret : Ni retour aux sources, ni revirement. Je suis sur une ligne de liberté, obéissant à mes envies de films. J’ai eu envie de parler de la création avec Nannerl, la sœur de Mozart, celui-ci en parle aussi. Je vais continuer sur ce thème avec le prochain qui parle d’une circonstance de la vie d’Anton Tchekhov. Entre deux films historiques, je suis revenu à un film plus personnel qui se passe aujourd’hui et qui englobe ma vie familiale et professionnelle.

JC : Avez-vous la sensation de réaliser ici, d’une certaine manière, votre Huit et demi ?

R.F. : Je n’ai pas la prétention d’avoir réalisé un film aussi important. Vous évoquez Fellini, quel bel exemple de liberté, d’inspiration et de talent authentique.

JC : Les acteurs sont magnifiques. Sur quels critères les avez-vous choisis ?

R.F. : Je les ai choisis parce que je les aime. J’ai tenté de les mettre dans des situations propices à l’expression de leurs qualités, dans la liberté, le jeu, l’amitié, l’improvisation.

JC : La musique occupe une place importante dans tous vos films, notamment Nannerl, mais dans celui-ci également. Êtes-vous musicien par ailleurs ?

R.F. : Ici, j’avais repéré un beau morceau de Satie au piano. Je l’ai fait écouter à Marie-Jeanne Séréro, la musicienne de Nannerl. Elle m’a proposé le piano qu’on retrouve dans le film.

JC : Le film raconte les relations difficiles entre réalisateur et comédien. Est-ce en partie votre propre expérience ?

R.F. : J’ai vécu avec une actrice pendant quelques années, quelques moments du film sont inspirés par certains de mes souvenirs personnels. J’adore les acteurs, j’aime leur pratique, la fragilité de leur inspiration, leurs difficultés à s’intégrer dans la société. Ils sont parfois difficiles à gérer dans les relations, mais quelle beauté quand ils arrivent à produire un jeu personnel et original.

JC : Après deux films en costumes, tels que Nannerl, la sœur de Mozart et Madame Solario, est-ce à dire que vous revenez à l’époque contemporaine ?

R.F. : Je vais, je viens, film d’époque, film d’aujourd’hui. Tout dépend du sujet. Je n’ai ni a priori ni interdit.

JC : Quels sont vos cinq films préférés ?

R.F. : The Hours ; À nos amours ; Mouchette ; Accords et désaccords ; L’Atalante.

JC : Qu’emporteriez-vous sur une île déserte ?

R.F. : Un couteau suisse.

JC : Si on vous accordait un seul vœu, quel serait-il ?

R.F. : Avoir le don et l’envie de faire du bien aux autres.

JC : Quels sont vos projets actuels ?

R.F. : Un film qui concerne un épisode de la vie de Tchekhov. À 30 ans, à la suite de la mort de son frère, il a une crise morale sur la création littéraire et part faire une enquête sur les prisonniers de l’île de Sakhaline, située à 12 000 km de Moscou…

Propos recueillis par Jean-Max MéjeanJeune Cinéma n°354, automne 2013