Je n’ai pas toujours été "grande gueule"… Petite, j’étais plutôt timide.
Mon esprit de rébellion s’est développé certes par mon histoire familiale, il n’est pas anodin d’être fille de communistes, mais aussi par mon profond besoin, ou plutôt désir, de liberté. J’ai toujours considéré que mes films ne parlaient que de ça : LA LIBERTE.
Quand je pars tourner Laïcité, Inch'Allah ! en août 2010, c’est avec mon esprit frondeur et dans l’idée qu’il était temps pour moi d’assumer mon exil volontaire en France. Et quitte à ne plus pouvoir retourner en Tunisie, je décidais d’attaquer frontalement le régime dictatorial de Ben Ali qui instrumentalisait la religion, mais aussi de dénoncer l’hypocrisie sociale autour de la religion et qui envahissait (déjà !) le quotidien des Tunisiens.
J’ignorais que la révolution couvait en Tunisie en même temps qu’un cancer se développait dans mon corps… Les deux ont éclos quasi simultanément ! La révolution m’a sortie de ma torpeur et m’a donné encore plus de force pour livrer bataille. Pendant ce temps les islamistes et leurs violences me réservaient des métastases qu’on ne m’avait pas détecté !
Face à l’adversité, je n’ai pas été seule, heureusement !
Dans ce film que j’ai co-réalisé avec Alina Isabel Pérez, j’ai mis de côté ma pudeur… C’était une nécessité, parce que le combat contre les obscurantistes passe aussi par la dénonciation de leurs méthodes inhumaines qui rappellent les pires moments de la dictature de Ben Ali…
Pourquoi faire un film pour raconter les conséquences d’un film ? Pour dire, une fois de plus, que "ceux qui vivent sont ceux qui luttent".
Nadia El Fani