D’un côté, une enquête quasi clinique sur les dérives d’une biomédecine opaque, incarnée par les recherches troublantes d'un médecin, suggérant une manipulation du vivant. De l’autre, une plongée subjective dans l’expérience maternelle, où s’entrelacent dépression post-partum, culpabilité et inadéquation aux normes de la maternité. En convoquant les codes du body horror et du thriller paranoïaque, Johanna Moder interroge le fantasme de contrôle du corps féminin et la médicalisation du désir d’enfant jusqu'à laisser planer le doute : Julia est-elle victime d’un complot ou d’une psychose ? Derrière cette incertitude, Mother's baby déploie une réflexion sur l’identité, la filiation et la dépossession du corps, tout en soulignant la violence symbolique des injonctions sociales pesant sur les femmes.



La mise en scène privilégie les espaces froids et aseptisés : loft minimaliste dominant Vienne, clinique immaculée, hôpital aux néons cliniques. Les cadres sont rigoureux, presque géométriques, accentuant une sensation de contrôle permanent. Moder joue de cette économie pour faire émerger l’angoisse dans les creux : assiste-t-on à une dérive paranoïaque ou à une réalité dissimulée ? Cette ambiguïté est au cœur du dispositif, renforcée par l’interprétation habitée de Marie Leuenberger, dont le jeu dépouillé ancre le film dans une inquiétante crédibilité.



Entre contrôle du corps et perte de repères, Mother’s Baby s’impose ainsi autant comme un récit à twists que comme une expérience de perception, où la mise en scène devient le véritable moteur de l’angoisse.