Le soleil brille. Une femme parle à son chien. Son fils répète au piano. Le temps s’est arrêté. Dans le jardin, le chantier d’une piscine à l’abandon.

"C’est comme ça que tout a commencé. Très sobrement, sans fio­ritures. Une idylle, mais quelque chose sonnait faux. J’avais envie de m’approcher au plus près, d’étudier ce microcosme et de le décortiquer. C’est ainsi qu’est né mon premier long métrage, Pingpong. J’aime les films qui m’invitent à observer. J’aime les documentaires. Et les films qui me font oublier que ce ne sont que des fictions. J’aimerais continuer à travailler dans ce sens."

Les sources d’inspiration

"J’ai passé ma jeunesse dans un univers habité par la musique clas­sique. Je jouais du violoncelle et voulais en faire ma profession. C’était mon choix, personne ne me poussait à cela ; mais j’ai observé très tôt de jeunes musiciens autour de moi dont les parents étaient des artistes professionnels : ils s’isolaient avec leur instrument pour essayer d’égaler la réussite de leurs parents, et ils se soumettaient à une discipline énorme qui me fascinait et qui, en même temps, me faisait peur. Certains de ces jeunes adultes étaient tellement enfermés dans leur monde musical, sans le moindre désir de contacts sociaux, qu’ils me semblaient "autistes".

En pensant à eux, j’ai créé le personnage de Robert, l’une des bases essentielles du scénario de Pingpong. Ce jeune musicien devait être d’une famille bourgeoise, car c’est avant tout la bour­geoisie aisée qui peut prendre en charge l’apprentissage d’un jeune instrumentiste classique.

On pourrait dire que la bourgeoisie et la musique classique représentent le couple parfait, ou bien que la musique classique est le parfum de la bourgeoisie. C’est un parfum séduisant qui, dans le cas de la famille d’Anna, Stefan et Robert, a un goût très amer. Nous l’apprenons par le regard de Paul qui cherche une reconnaissance et de l’affection.

C’est un regard direct sans préjugés. Un regard qui explore une famille empoisonnée par l’incapacité de communiquer. Au début, il y a de la fascination chez Paul ; à la fin il ne reste plus qu’une répulsion profonde."

Matthias Luthardt