L'Origine du projet

 

Durant l'été 2006, Samuel Anderson, Jenny Lung et moi-même avons dirigé un stage d'été de réalisation et de photographie à une base chrétienne, YWAM, au Rwanda. En lien avec le travail déjà entrepris par l'organisation auprès des enfants de la rue et des jeunes à risques, nous avons produit Munyubarango en tant que projet pour une classe de quinze étudiants rwandais. Parmi eux se trouvaient des orphelins de guerre, des réfugiés, et ceux qui ont des difficultés pour vivre, pour constituer le casting et l'équipe de Munyubarango.

 

Une Manifestation de nos rencontres

 

Samuel Andersen a écrit une grande partie du scénario chez lui, avec l'idée que l'histoire évoluerait en fonction des réalités découvertes au Rwanda. Une fois arrivés sur le territoire, notre scénario est devenu une ébauche de neuf pages, une manifestation de nos rencontres – provenant d'histoires et problèmes personnels, d'échanges passagers ou de remarques. L'ébauche de base nous a permis d'improviser durant les scènes et les dialogues.

 

Improvisation

 

Lorsque je réalise, je crois beaucoup en l'improvisation. Je connais la forme générale du film que je veux faire, mais je ne sais pas comment je vais l'obtenir ni par où je vais commencer ou terminer. Cela exige une grande capacité d'écoute et d'attention – envers l'environnement, les acteurs, l'équipe ou l'inspiration. Je ne pense pas que cette immédiateté puisse m'être disponible si je me reliais trop à l'écriture. Au lieu de donner forme à la réalité de ce scénario, l'improvisation exige l'opposé. Travailler au Rwanda renforce cette approche de la réalisation, puisque la nature exotique du lieu ne nous laisse pas de choix. En conclusion, j'ai appris à travers ce film que la réalisation devrait être un peu comme le jazz, dans lequel il faudrait travailler avec ce qui vient ; c'est un processus dynamique qui ne nous laisse pas de regrets

 

Reconstitution d'une mémoire

 

Notre casting d'acteurs non-professionnels nous a inspiré beaucoup d'intrigues pour le scénario, et le tournage a souvent consisté à reconstituer leurs quotidiens. Naturellement, ce film se concentre sur le rapport à la mémoire, une mémoire collective, et était comme une quête menée dans le but de découvrir des éléments spirituels à travers cette mémoire.

 

Lieux de tournage ruraux

 

Le Rwanda est un pays qui a vu défiler un grand nombre de réalisateurs occidentaux qui avaient des moyens financiers massifs ; nous n'avions pas ces ressources, mais la condition pour beaucoup de villes était d'avoir beaucoup d'argent. Nous voulions tourner beaucoup de scènes dans les rues de Kigali, mais à cause de la bureaucratie (les difficultés pour avoir les autorisations de tournage, par exemple), nous avons dû nous concentrer sur des lieux à la campagne.

 

Tourné en onze jours

 

L'emplacement du village du film était plutôt original. Nous avons trouvé un endroit qui nous plaisait, avons parlé avec les habitants de la petite maison, et les avons même fait auditionner pour des rôles. Ils étaient des acteurs remarquables, donc nous avons décidé de leur donner une place dans le film, avec les rôles des parents de Sangwa. Nous avons tourné le film en onze jours, avec le casting et l'équipe vivant tous ensemble et travaillant avec passion sur ce projet. On peut dire de manière assez juste que nous sommes devenus une famille à travers cette expérience - je les ai adoptés, mais, plus précisément, ce sont eux qui m'ont adopté.

 

Premier film en langue kinyarwanda

 

Munyunrangabo est le premier long-métrage de fiction tourné en langue kinyarwanda. Tourner dans un pays étranger et dans une langue que je ne parle pas était vraiment un avantage, m'obligeant à travailler avec le regard d'un étranger. C'est quelque chose qui m'a protégé contre des idées ou vérités personnelles qui sont mineurs, et qui m'a permis à la place d'explorer des thèmes plus universels qui peuvent relier une personne d'origine américaine et coréenne avec une personne du Rwanda. J'espère que ce lien atteindra aussi les spectateurs.

 

Retour à Kigali

 

Notre nouvelle société de production, Almond Tree Films, continue à oeuvrer pour le cinéma rwandais, espérant que le prochain film rwandais sélectionné à Cannes sera réalisé par un natif du pays. Avec la fondation de Munyuranbago, nous allons retourner à Kigali cet été pour créer une école de cinéma et un centre de production, afin de concrétiser notre rêve.