Notes sur le film
"L'aventure, ça n'existe pas. Pas plus que les histoires d'amour. Il n'y a que deux choses en ce monde, les ennuis et le désir. Le problème, c'est que quand tu désires quelque chose, tu as tout de suite des ennuis. Et quand tu as des ennuis, il n'y a plus rien que tu aies envie de désirer. "
Extrait de Simple Men de Hal Hartley
Quand on regarde un film, de Hal, on voit tout de suite qu'il est le seul à faire des films de ce genre", déclare le producteur Ted Hope. "On ne peut pas faire mettre en scène un scénario de Hal Hartley par un autre réalisateur que lui. "
Depuis la sortie de The Unbelievable Truth en 1990, Hal Hartley a montré qu'il était l'un des cinéastes les plus originaux et les plus doués de sa génération. Les films de Hal Hartley reflètent l'un après l'autre et avec cohérence le talent unique du cinéaste et sa maturité en tant que scénariste et réalisateur, tout en se constituant un public toujours croissant. Simple Men, tout dernier film du réalisateur, est le film le plus ambitieux réalisé par Hartley et ses collaborateurs. Mais les éléments habituels de l'œuvre de Hal Hartley n'en sont pas absents pour autant. On y retrouve des personnages étranges, un dialogue stylisé regorgeant de mots d'auteur et un portrait de la famille de la banlieue américaine qui donne un sens nouveau au mot "dysfonctionnel".
On retrouve également la fidèle équipe de comédiens et d'artisans qui travaillent depuis des années avec Hartley, certains même depuis l'époque de ses études de cinéma à l'Université de l’État de New-York. "C'est comme si on travaillait en famille", remarque le coproducteur exécutif Jerome Brownstein qui engagea Hal Hartley comme assistant à la production dès la fin de ses études et avec lequel il a toujours collaboré depuis. Le coproducteur Ted Hope est du même avis : "Lorsqu'on utilise toujours la même équipe, on dispose d'une ambiance de travail idéale. On ne perd pas son temps à satisfaire, plus ou moins sous la contrainte, les velléités et les caprices de chacun. On sait déjà ce que veut chaque membre de l'équipe et comment s'y prendre pour communiquer avec eux. Il y a un mythe dans le cinéma, surtout à Hollywood, selon lequel faire un film consiste à résoudre des problèmes les uns après les autres. Ce n'est pas comme ça que nous travaillons. Les deux derniers films ont été réalisés dans les meilleures conditions du monde".
Parmi les comédiens qui sont revenus devant la caméra de Hartley, on remarque William Sage et Robert Burke qui interprètent les frères McCabe en cavale et à la recherche de leur père disparu. Burke, qui incarnait Josh, l'ancien détenu énigmatique de The Unbelievable Truth, collabore avec Hartley depuis son association avec l'apprenti metteur en scène à la section "arts dramatiques" de l'Université de l'Etat de New York pour une scène extraite de l'œuvre de James Joyce. "C'est un réalisateur très cohérent", affirme Burke avec enthousiasme. "Chaque fois que je travaille avec lui, je travaille avec un ami que je connais bien et en qui j'ai confiance."
William Sage a déjà interprété de petits rôles dans des films précédents de Hartley. Il avait très envie de travailler avec Burke. Lui aussi diplômé de l'Université de l’État de New York mais plus récemment que Burke et Hartley, Sage a pris des cours de karaté avec Robert Burke pendant de nombreuses années. C'est avec beaucoup d'enthousiasme qu'il a interprété le rôle du jeune Dennis McCabe, étudiant studieux qui interrompt ses études dans l'espoir de retrouver son père et de donner ainsi un sens à sa vie. "Dennis pose sans arrêt des questions sur tout. Il n'y a rien d'ironique chez lui", explique Sage. Burke fait remarquer que Bill McCabe est exactement l'opposé de son frère. "Bill est avant tout un esprit pratique qui a toujours une arrière-pensée".
L'idée de Simple Men remonte à plusieurs années, à l'époque où Hal Hartley n'était pas encore un cinéaste reconnu. Il était séduit par l'idée de deux frères n'ayant rien en commun mais poursuivant le même but, la recherche d'un père disparu. Alors que le projet commençait à se concrétiser, Hartley retravailla et développa l'histoire afin d'y introduire de nouvelles idées et de l'adapter aux acteurs dont il allait pouvoir disposer. L'une des idées et de l’adapter aux acteurs dont il allait pouvoir disposer. L'une des idées les plus remarquables est l'étoffement du personnage du père, William McCabe, ancien bloqueur vedette de l'équipe de base-bail des Brooklyn Dodgers, devenu militant gauchiste dans les années 1960. "J'ai pensé que ce serait intéressant d'avoir ce héros purement américain transformé en anarchiste, un personnage avec lequel bien peu d'Américains pourraient s'identifier", affirme Hartley à propos de ce protagoniste.
Hartley a aussi introduit le nouveau personnage d'Elina, interprété par Elina Lôwensohn qui fit sa première apparition au cinéma dans le court métrage de Hartley, Theory of Achievement. Elina Lôwensohn fut très touchée de voir que Hal Hartley a écrit le personnage de la gauchiste roumaine et épileptique spécialement pour elle. Elle fut encore plus enthousiasmée de travailler à nouveau avec ce réalisateur "qui fait vraiment confiance aux acteurs".
Parmi les principaux comédiens du film, on trouve une autre diplômée de l'Université de l’État de New York avec Karen Sillas qui joue le rôle de Kate, la propriétaire du restaurant où les frères McCabe se retrouvent, dans la quête de leur père. "Kate est une femme qui en a assez des hommes et qui a décidé de vivre seule", déclare Karen Sillas. "C'est une femme endurcie et blessée qui s'est juré de ne plus se laisser séduire par un homme dangereux. Mais lorsqu'elle fait la connaissance de Bill, sa détermination vole en éclat. "
C'est pour le film de fin d'études de Hartley que Karen Sillas a travaillé pour la première fois avec le cinéaste, il y a près de dix ans. Dans Trust, elle interprète l'infirmière Paine que seul anime le bon sens, "je crois que Hal aime bien me confier des rôles de femmes endurcies", même si ce n'est pas tout à fait ce que je suis dans la vie", précise-t-elle en riant. "Lorsqu'on travaille avec Hal, on apprend sans cesse des choses. Il exige toujours que les acteurs soient continuellement concentrés car il sait très exactement ce qu'il veut et mus demande toujours de fournir le meilleur de nous-mêmes. "
De son côté, Hartley doit tout à ses techniciens et comédiens qui l'ont toujours suivi sur ses différents tournages au cours des dernières années. "Je ne serais certainement pas où j'en suis aujourd'hui sans la confiance et l'encouragement constants de l'équipe que j'ai mise sur pied', déclare d'une voix neutre le cinéaste de 32 ans. "Si j'ai appris à devenir un réalisateur plus efficace, c'est grâce à mes amis avec lesquels j'ai toujours travaillé et qui m'ont aidé à faire des progrès." Sur ses critères quant au choix des comédiens, Hartley est laconique : "Concentration, confiance, savoir-faire et honnêteté."
A la question de savoir pourquoi les films de Hal Hartley sont toujours aussi agréables et efficaces,Ted Hope répond ainsi : "Ses films sont le reflet d'un amour authentique des personnages et d'un individualisme un peu étrange, ainsi que d'une volonté de s'élever contre ce qui est contraire à ses valeurs et à se battre pour son identité. C'est d'ailleurs ce qu'il a dû faire pour mener ses films à bien et ça se voit à l'écran. "
Bruce Weiss, coproducteur exécutif du film, est aussi convaincu que les efforts de Hartley pour conserver son indépendance de créateur enrichissent ses films. "Hal assume ses responsabilités beaucoup plus que d'autres réalisateur s.Lorsqu'il arrive sur le plateau, Hal et ses comédiens sont fin prêts. Hal sait parfaitement comment obtenir ce dont il a besoin. Je sais qu'il apprécie cette liberté et qu'il a trouvé une méthode de travail qui lui offre un contrôle maximal sur ses films," explique Bruce Weiss. Jerome Brownstein ajoute quant à lui : "Si Hal Hartley dispose d'un plus grand budget, ça ne changera pas grand chose à sa façon de travailler. Il fonctionne avec une fidélité et un engagement total vis-à-vis de son travail et de ceux qui travaillent avec lui. "
Hal Hartley n'écarte pas la possibilité de travailler avec de plus gros budgets, à condition de pouvoir conserver le contrôle et l'ambiance de travail auxquels il est habitué. Non sans modestie, il refuse de donner son avis sur ce qui rend ses films différents ou meilleurs que d'autres. "Tout ce que je cherche à faire c'est rester honnête vis-à-vis de mes comportements, de mes préjugés,de mes craintes et de mes espoirs. C'est tout."