C’est quoi Je suis mort mais j’ai des amis pour vous ?

Guillaume: C’est Laurel et Hardy belges avec des guitares électriques...

Stéphane: C’est une comédie sur le refus du renoncement, et sa contrepartie, qui est l’aveuglement. Yvan — bassiste dans un groupe de rock — perd son meilleur ami et refuse de croire que c’est une raison valable pour annuler les concerts qu’il avait avec lui à Los Angeles. Sa force de conviction est telle qu’il réussit à entraîner les autres membres du groupe. Évidemment, quand la réalité reprend le dessus, la chute est dure. Mais dans cette histoire au lieu de faire mal, elle fait rire.

Guillaume: En fait si vous y regardez de plus près, c’est la même thématique que dans Où est la main de l’homme sans tête : le personnage principal refuse de regarder la réalité en face. Le film l’entraîne dans un labyrinthe qui l’oblige à ouvrir les yeux. Sauf qu’ici le labyrinthe est comique.

Stéphane: Le projet initial de Je suis mort mais j’ai des amis, c’est de rendre caduques toutes les promesses d’Yvan. Dès qu’il veut faire un truc, paf, la réalité lui barre la route. Il veut aller à Los Angeles, il ira dans l’Arctique québécois. Il veut prendre l’avion, il ira en train. Il rêve de conduire une Cadillac sur Sunset Boulevard, il ira à pied à travers Schefferville. Il rêve de voyager avec ses potes, il doit se farcir un militaire homo à moustache qu’il n’a jamais vu.

C’est un film sur l’homosexualité ?

Stéphane: Non pas du tout. Je vais vous raconter une anecdote. La première fois que nous avons déposé le scénario à la Commission de Sélection des Films, ici en Belgique, nous avons été recalé. L’un des membres de la Commission nous a dit : " votre personnage de Dany est à la fois homosexuel, arabe, et militaire, c’est trop ! Dans votre prochaine version, on vous conseille d’enlever au moins un des trois ! " On n’a rien changé...

Guillaume: Il est arabe, oui, et alors, est-ce qu’on est obligé " d’arabiser un arabe " et " d’homosexualiser un homosexuel " pour que ce soit drôle ? Nous on ne pense pas. La comédie ne se trouve pas là où on l’attend. Ce n’est pas un buddy- movie classique, où la comédie commande qu’on s’appuie sur l’antagonisme des personnages pour faire avancer l’intrigue.

Dans Je suis mort mais j’ai des amis, nous nous amusons à retourner les poncifs et à inverser les personnalités. Yvan, le punk, est en fait beaucoup plus conservateur qu’il ne veut le croire ; et le militaire homo, d’une certaine façon beaucoup plus punk que prévu.

Stéphane: En fait c’est un film de clowns. Wim c’est l’Auguste, celui qui provoque les catastrophes et la colère du clown Blanc, Yvan, qui lui est autoritaire et veut aller droit au but avec l’élégance de son personnage.

Pourquoi les personnages sont-ils des rockers ? Parlez-nous de la musique dans Je suis mort.

Guillaume: Jipé, le chanteur du groupe, est interprété par Jacky Lambert, qui a eu plusieurs groupes dans sa vie, dont Périphérique Est, un groupe de punk-garage. On l’a souvent vu en concert, on aimait bien l’ambiance et les gens qui s’y trouvait, leur rapport au temps. On l’a souvent vu en concert, on aimait bien l’ambiance et les gens qui s’y trouvait. leur rapport au temps, cette façon de croire qu’à 40 ou 50 ans, on peut vivre comme à 17, continuer à être un rocker, un punk, avec ces valeurs-là, qui sont des valeurs très fortes, très exigeantes — pire que chez les moines Cisterciens  ! C’est un peu l’univers de Jacky Lambert qui a inspiré nos personnages... et puis après est venue l’aventure insensée dans laquelle on voulait les lancer avec Stéphane.

Vous écrivez et réalisez à deux, comment ça se passe ?

Guillaume: On fait un jour sur deux, moi les jours pairs, Stéphane les jours impairs, comme les frères Dardenne (rire)... on a chacun nos sensibilités et nos formations. Moi j’ai fait l’Insas en image, Stéphane a fait philo du coup il est plus proche du texte et moi du plan. Mais quand on met en scène une séquence, " texte " et " plan " ne font plus qu’un et du coup nous aussi.

Le film a-t-il été difficile à produire ?

Stéphane: Le mieux c’est d’en parler avec les frères Bronckart — qui sont vraiment des champions, on est très heureux d’avoir fait ce film avec eux, parce que sans eux... pas de film !

Guillaume: Comme on est coproducteurs du film avec notre petite société on peut aussi vous donner notre avis, et ça ne regarde que nous mais on a eu de très grosses déconvenues sur le film. Côté français, on n’a eu aucune chaine française, ni Canal, ni Arte, ni France Télévisions, ni M6, ni aucune chaîne du câble, et ni le CNC... Pourtant nos coproducteurs français TS Productions se sont vraiment pliés en 12 sur le film, mais bon, le marché est très violent. Côté canadien, on a dû renoncer à l’argent de la Sodec tellement il coûtait cher à la production. Et côté belge, on n’a pas eu l’aide de Wallimage parce que notre budget ne correspondait plus au budget annoncé.

Stéphane: En gros c’était la triple peine !

Guillaume: D’où nos remerciements à Versus et à notre directrice de production, Sophie Casse, qui a fait des miracles. Voilà... maintenant, que le film vive sa vie, merci !