Qu’est-ce qui vous lie à l’Abkhazie ?

J’ai beaucoup de bons souvenirs d’Abkhazie. J’ai passé mes étés sur la côte abkhaze de la mer noire. J’y ai rencontré ma première petite amie. C’était un pur bonheur ; nous ne savions pas ce qu’était la guerre. Et puis un jour, en Pitsunda, une des plus belles régions d’Abkhazie, un type, un pistolet à la main, nous a dit : « vous devez quitter notre terre, vous êtes géorgiens ». C’était en août 1992, la guerre commençait. Mes amis et moi sommes partis. Deux cent cinquante mille Géorgiens résidant en Abkhazie ont dû quitter leur terre et leur maison. Beaucoup d’autres y sont restés à jamais, à cause de notre puissant voisin.

Pourquoi avoir choisi de tourner en 35mm ?

C’est comme ça que j’ai appris le cinéma : avec de la pellicule, les sensations et l'odeur qui y sont associées. De nos jours, c’est plutôt mal considéré, les producteurs détestent ça. Mais malgré tout, tourner en 35mm me donne davantage confiance en moi.

L’équipe de La Terre éphémère est constituée de treize nationalités différentes. Comment s’est passé le tournage ?

Treize drapeaux flottaient au dessus du plateau. Treize langues : géorgien, russe, allemand, français, tchèque, coréen, mongol, kazakh, néerlandais, turc, farsi, anglais et abkhaze. C’était une joyeuse Tour de Babel, sans malentendus, grâce à nos nombreux interprètes. Nous étions tous animés par le même langage : le cinéma. Je pense que la diversité de l’équipe a renforcé le thème universel du film. Bien que l’histoire se situe dans un contexte géopolitique très spécifique, je m’intéresse essentiellement aux conflits qui divisent les hommes entre eux mais aussi de leur combat contre la nature.

Comment avez-vous trouvé cette île qui abrite les protagonistes du film ?

Je ne l’ai pas trouvée ! J’ai sillonné la Géorgie pendant deux ans, visité tous les fleuves et les lacs, mais je n’ai jamais trouvé celle qui convenait. J’ai fini par comprendre que celle île n’existait pas et qu’il nous faudrait la construire. Personne ne croyait que cela pouvait être possible, mais nous avons réussi. Nous avons construit notre Terre éphémère au milieu d’un vaste lac artificiel.