CE QUI M’A FASCINÉ
Les multiples facettes des personnages et la complexité de l’histoire me fascinent depuis de nombreuses années. Les personnages principaux sont à la fois coupables et innocents, bourreaux et victimes. Ils sont des acteurs lucides de l’Histoire. Ils cherchent le bonheur dans l’instant présent, mais ils ne peuvent fuir leur passé sombre. C’est le drame de leur existence. Au fil de l’écriture du scenario, je me suis de plus en plus intéressé à la question de l’identité : qu’est-ce que la vérité, qu’est-ce qu’un mensonge, qui sommes-nous ? Qu’est-ce que je sais vraiment des autres ?
LE ROMAN…
… m’a servi de base, puis, en collaboration avec le romancier (Hannelore Hippe) et mes co-auteurs (Christoph Tölle, Stale Stein Berg, Judith Kaufmann), nous avons presque entièrement réécrit l’histoire sous un angle totalement différent. Le roman et le film, en fin de compte, racontent la même histoire mais avec d’autres personnages et des scènes complétement différentes.
LES RECHERCHES...
… ont été faites en grande partie par l’auteur du roman, Hannelore Hippe. En particulier, les aspects concernant la mort mystérieuse dans la ville norvégienne de Bergen, et le sort des enfants de Lebensborn en Norvège, ainsi que leur action en justice contre l’État. J’ai effectué des recherches avec mon co-auteur allemand Christoph Tölle sur les enfants allemands de Lebensborn. Nous avons visité, avec des enfants de Lebensborn, l’ancien foyer d’enfants de SS Sonnenwiese en Saxe, et écouté des histoires bouleversantes sur leur destin et leurs efforts pour retrouver leurs mères. Tout cela, pour la plupart, a été intégré dans le film, même si ce n’est pas toujours explicitement raconté. J’ai également rencontré des agents de la Stasi, dont le célèbre agent double Werner Stiller. J’ai passé en revue toute l’histoire dans les détails avec lui.
N’AVOIR AUCUN PRÉJUGÉ…
Dans mon dernier film, NeuFundLand, je me suis aussi intéressé à cette tendance que nous avons de nous faire systématiquement une image préconçue des autres. Nous pouvons éviter cela. Notre perception est ainsi faite que nous devons fondamentalement stigmatiser les autres personnes, les mettre dans des cases. Le monde serait trop compliqué si on ne le faisait pas. Pourtant, cette approche est foncièrement défaillante. Nous devons être capables de corriger nos perceptions en permanence. Mais nous ne le faisons pas, car nous voulons que le monde soit simple. Nous avons tendance à confondre les autres avec l’image que nous avons d’eux. Quand quelqu’un fait des choses qui ne correspondent pas à cette image, nous préférons l’occulter. Ce fut l’un des thèmes centraux de Max Frisch. D’une vie à l’autre traite d’un thème similaire. Le spectateur - tout comme la famille de Katrine - ne peut pas voir Katrine telle qu’elle est vraiment.
LA COULEUR DU FILM…
… résulte d’une étroite collaboration avec le directeur artistique Bader El Hindi, la directrice de la photographie Judith Kaufmann et le costumier Ute Paffendorf. J’ai voulu réduire la palette de couleurs à une ou deux tonalités tout en conservant des couleurs chaudes pour que l’on se sente bien dans les pièces où vit la famille et ainsi percevoir combien cette famille est merveilleuse. Cela rend la chute de Katrine d’autant plus dramatique. Ute et Bader ont ensuite décidé d’ajouter de temps à autres des touches de couleurs vives : le rouge éclatant d’un coussin, le bleu d’un pull ou d’un rideau. J’étais sceptique au début, mais je suis heureux maintenant que nous l’ayons fait. En général, j’ai le sentiment que nous allons dans la bonne direction lorsque les plans s’assemblent bien les uns avec les autres, spontanément. Quand tout est prévu à l’avance et que c’est logique en théorie, on a toujours le risque d’avoir quelque chose de monotone. Et nous voulions atteindre le plus grand naturel possible pour cette histoire particulièrement complexe.