Le sujet du film est avant tout : qu’est-ce que c’est que d’avoir 17 ans et de sentir son corps se transformer ? L’adolescence est souvent très idéalisée dans les films. Pour moi, c’était une période de souffrance et de transition compliquée, dont je n’ai pas de nostalgie. Je ne vou - lais pas montrer l’adolescence juste comme un moment sentimental mais plutôt comme un moment quasi hormonal : quelque chose de fort physiologiquement se passe en nous, et en même temps, on est comme anesthésié. Du coup, on violente son corps pour le ressentir et pousser ses limites. La prostitution était un moyen comme un autre d’exacerber cet aspect, de montrer que l’adolescence pose avant tout des questions d’identité et de sexualité. Une sexualité pas encore connectée aux sentiments.
Isabelle vient d’un milieu aisé, elle ne se prostitue pas pour des impératifs financiers...
Elle ne se prostitue pas pour survivre ou payer ses études mais parce qu’elle en ressent un besoin viscéral. Elle aurait pu aussi bien se dro - guer ou être anorexique, l’essentiel était que ce soit secret, clandestin, interdit. L’adolescence est une période de friche où tout est possible. C’est ça qui est aussi exaltant, et que l’on ressent dans le poème de Rimbaud On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Il y a une ouverture au monde, sans considérations morales. En se prostituant, Isabelle fait une expérience, un voyage, qui n’est pas pour autant une perversion.
Le film commence sur Isabelle qui est regardée à travers des jumelles par son petit frère... D’emblée, elle est chosifiée par ce regard qui «viole» son intimité...
Absolument. Le comportement d’Isabelle suscite les regards et a des répercussions fortes sur son entourage. L’idée était que chaque saison démarre par le point de vue d’un des personnages. L’été du point de vue du petit frère, l’automne du point de vue du client, l’hiver de la mère et le début du printemps, de celui du beau-père, même si on bifurque très vite à chaque fois sur Isabelle. Je voulais avancer dans le film par circonvolutions, structurées autour de quatre saisons. Un peu comme dans 5 x 2, je me concentre sur des moments précis pour essayer de comprendre ce qui s’y joue.
Il y a aussi une chanson de Françoise Hardy pour chaque saison...
Oui, j’aime installer un cadre formel à l’intérieur duquel j’ai ensuite une totale liberté. J’ai tenu à ce que la temporalité de l’histoire se déroule sur une année scolaire. Et les chansons arrivent comme des ponctuations, des moments de suspension. C’est la troisième fois que j’utilise des chansons de Françoise Hardy après Traüme dans Gouttes d'eau sur pierre brûlante et Message personnel dans 8 Femmes.
Ce que j’aime particulièrement dans ses chansons c’est qu’elle retranscrit l’essence de l’amour adolescent : un amour malheureux, de désillusion, romantique... Je trouvais intéres - sant de synchroniser cette vision iconique sur un portrait plus cru de cette adolescente. Au fond d’elle, Isabelle a aussi envie de coller au modèle d’une adolescence sentimentale et idéalisée, que ses parents souhaitent pour elle, mais elle a d’abord besoin de se trouver elle, de se confronter aux désirs conflictuels qui la traversent pour pouvoir tomber amoureuse.