Un homme et un enfant atterrissent en Thaïlande. Thomas, la quarantaine soucieuse, et Mapring, garçonnet dont le prénom, les traits et le mutisme indiquent le parcours secret et douloureux d’une adoption. Une fois le pied posé en Asie, Thomas se met à la recherche de la famille biologique de l’enfant, avec l’aide d’un guide local. Une quête intime et existentielle pour ce presque père et ce pas tout à fait fils, l’un et l’autre marchant côte à côte comme deux inconnus.
En propulsant ses deux personnages sur les pistes poussiéreuses de Thaïlande, et en les laissant se perdre dans les méandres d’une jungle étouffante, où aucun des deux ne possèdent les codes pour comprendre la culture locale ni se comprendre l’un l’autre, Safy Nebbou observe comment deux solitudes et deux chagrins inconsolables vont parvenir à se soutenir pour finalement fusionner et parler enfin la même langue, celle de l’affection mutuelle.
Pour son 9e film, le réalisateur trouve, dans ce remake d’un film norvégien, une nouvelle manière de capter tout ce que les silences peuvent exprimer, après des réussites comme Celle que vous croyez ou L’Empreinte. Un cinéma à l’os, sachant faire preuve de l’humilité nécessaire pour laisser toute la place au talent de ses acteurs. Si Romain Duris surprend dans un contre-emploi taiseux, c’est surtout le petit Master Sanpasiri Khosittachawanich qui imprime la pellicule, avec son visage et ses grands yeux qui donnent l’impression d’avoir vécu plusieurs vies. Surtout, 10 ans après avoir filmé l’échappée de Raphaël Personnaz au sein des grands espaces russes dans Dans les forêts de Sibérie, Nebbou ose à nouveau s’aventurer en terre inconnue et proposer un cinéma ouvert au vaste monde, pour mieux atteindre l’universalité des sentiments.