"Ces mondes fantastiques, utopiques pour certains ou dystopiques pour d’autres, nous amènent à réfléchir. Lorsque j’ai commencé à considérer l’idée de faire un film de science-fiction portant sur la robotique, j’en suis arrivé à la conclusion que ce qui m’intéressait le plus étaient les relations entre les êtres humains et les robots. Serait-ce possible que nous puissions être attirés par ces machines, parfaites et très ressemblantes, de nous sentir proches d’elles, et d’établir des liens émotionnels aussi forts que ceux que l’on a avec d’autres êtres humains ? Sera-t-il possible, dans un avenir plus ou moins proche, de tomber amoureux et d’aimer une machine, même si nous sommes conscients que ce n’est qu’une «simulation» ? Comment ces nouvelles relations vont-elles affecter les anciennes, entre humains ?

Toutes ces questions ont donné naissance à Eva. Réaliser un film fantastique implique la création d’un univers distant, différent de celui que l’on connait tous. Aussi, dés le départ, nous avons dû imaginer comment nous voulions que le monde d'Eva soit. Personnellement, je ne voulais pas de la vision apocalyptique de tant de mondes futuristes où la violence règne dans un univers sombre et glauque.

Pour moi, il est plus intéressant de créer une ambiance qui, sans être parfaite, suggère une coexistence entre la civilisation et la nature. C’est la raison pour laquelle la forêt, les montagnes et la neige sont si présentes dans le film, créant ainsi une sorte d’univers éco futuriste.

En plus de cette volonté de créer un futur légèrement optimiste, nous avons aussi essayé d'évoquer un monde dans lequel l’Homme a compris comment garder ou retrouver les bonnes choses du passé. Quelque chose de proche de nos maisons, où il est si facile de trouver des outils, des meubles ou des vêtements d’il y a 15, 20 ou 30 ans. Notre volonté n'était pas de créer un univers complètement innovant ou un futur high-tech, nous voulions que le public se sente chez lui. Aussi nous avons ajouté le concept du rétro-futurisme dans cet univers éco futuriste. En fait, Eva essaie de créer l’effet inverse de celui que la science-fiction nous évoque d’habitude, en établissant une base très familière et facilement reconnaissable pour le public. A quoi ressembleraient nos vies avec un robot se promenant chez soi?

Il y a deux types de robots dans le film : les robots fonctionnels et les androïdes. Les robots fonctionnels sont là pour aider les humains dans leurs corvées (ménage, rangement, transport, etc.). Ils ont été conçus comme des machines et leur apparence est très éloignée de celle des humains. Les androïdes, au contraire, ressemblent aux humains, puisqu’ils ont été conçus comme des compagnons. Les androïdes sont interprétés par des acteurs tandis que les robots fonctionnels sont essentiellement en images de synthèse.

Outre Max, le robot qu’interprète l’excellent Lluis Homar, les robots les plus importants du film sont le chat Gris et le prototype du SI-9. Le chat est une construction mécanique, un mélange de marionnette animée par 3 personnes et une créature digitale. Pour le SI-9, en revanche, nous avons suivi la méthode utilisée pour la création de C3-PO dans la Guerre des Etoiles. SI-9 était donc joué par une actrice, dans une armure (créée par Arturo Balseiro), recouvrant tout son corps. La retouche numérique a ensuite permis de faire en sorte que l’on oublie que l’armure est « habitée ».

Claudia Vega tient le rôle d’Eva. La trouver a été difficile puisque nous étions à a recherche d’une petite fille magnétique, capable de véhiculer une certaine vérité et qui n’était pas nécssairement quelqu’un ayant déjà travaillé au cinéma ou à la télévision. Pendant plus de six mois, nous avons rencontré plus de 3 000 petites filles jusqu’à ce que nous tombions sur Claudia. Son audition a été stupéfiante et rien n’était à redire. Vous pouvez passer des mois à la recherche d’un diamant dans le désert, quand vous trouvez la pierre précieuse, vous savez que le jeu en valait la chandelle.

Claudia a un quelque chose qu’il est difficile de retrouver chez les enfants acteurs : la faculté de donner du poids à ce qu’elle dit et ce qu’elle fait. Elle est complètement crédible, quels que soient la gravité ou le sérieux de ses propos. Les enfants n’ont pas encore de technique de jeu, mais ont tendance à imiter et à dire leur texte comme les adultes qu’ils ont vu faire. Claudia va au-delà de ça, elle arrive à parler de la tristesse, de la nostalgie ou de la joie avec une réelle franchise et compréhension. Peu d’enfants ont ce talent. C’est une petite fille extravertie, très sociable, avec un quelque chose de très profond."