LES COPTES

Les coptes remontent à l’aube du christianisme, à l’époque où l’Égypte est intégrée à l’empire romain puis à l’empire byzantin après la disparition de la dernière dynastie pharaonique des Ptolémées, d’origine grecque.

Le mot «copte» a d’ailleurs la même racine que le terme «égyptien» en grec ancien. Leur déclin commence avec les invasions arabes du VIIe siècle et l’islamisation progressive du pays, aujourd’hui dans son immense majorité musulman sunnite.

Aujourd’hui, les coptes d’Égypte constituent la communauté chrétienne la plus nombreuse du Moyen-Orient et l’une des plus anciennes. Leur nombre est l’un des secrets les mieux gardés en Égypte. On admet un chiffre moyen de 7.5 millions de coptes, soit 10 % de la population égyptienne ce qui en fait la plus importante minorité chrétienne dans le Proche-Orient Arabe.

 

... SIHAM ET NADIR, LA MAMAN ET LE CINEASTE : RENCONTRE

 

Comment êtes-vous rentrée dans le projet de Namir, comment avez-vous accueilli le sujet personnel du film ?

Siham : Au début il m’a dit « Maman, je vais faire un film sur les apparitions de la Vierge » : je lui ai répondu « Fais attention. C’est un sujet sensible. » L’idée du film m’a fait peur. Namir est né ici. Il ne comprend pas qu’en Égypte on ne peut pas dire « Je ne crois pas». Il est tout à fait capable d’aller voir un prêtre et de lui dire « Je suis athée ». Il ne comprend pas l’Égypte.

Mais le sujet des apparitions de la vierge n’était qu’un prétexte. Namir ne m’a pas dit ce qu’il avait vraiment en tête et qu’il allait surtout en Égypte pour filmer notre famille, parce qu’il savait que je n’aurais pas été d’accord. Je l’ai appris par téléphone quand il était en Égypte.

Quand il m’a appelé pour m’annoncer « Je vais aller interroger notre famille », pour moi, c’était une provocation. Il me poussait à bout. Je ne savais pas qu’il enregistrait la conversation. Je lui ai dit naturellement « Si tu vas là-bas et que tu les filmes, je t’attaque en justice », mais c’était mon moyen de m’exprimer... Il me mettait devant le fait accompli, sans me demander mon avis. Ça m’a énervée.

Mais avant ce film, Namir était déjà un peu manipulateur ?

Siham  : Non dans la vie quotidienne, je sais comment il est, et je n’ai pas de soucis, mais je ne savais pas que dans le travail il pouvait faire ça. Il savait que je n’étais pas d’accord, que je ne serais pas d’accord. Je suis rentrée malgré moi dans le film. Il a fait le même coup avec son producteur. Du coup, quelques jours à peine après les premiers jours de tournage, le courant ne passait plus entre les deux.

Namir : Entre moi et mon producteur ?

Siham : Je n’étais pas au courant des mauvaises relations avec son producteur. Puis un jour, il débarque à la maison, avec une caméra, et il m’expose tous ses problèmes. Il me fait lire des mails vraiment terribles de son producteur (...) Je lui ai téléphoné. J’ai d’abord cru que le problème était uniquement financier. Ca ne me faisait pas peur : Je suis chef comptable, je sais gérer un budget. J’ai alors dit au producteur : « Vous ne voulez pas payer plus, moi je m’engage à finir le film avec le budget que vous avez, mais ne vous battez plus avec Namir. Namir gèrera l’aspect artistique, je m’engage à gérer l’aspect financier. »

Namir : Donc tu penses que tu es partie en Égypte pour t’occuper des finances du film ?

Siham  : Au début c’était ça.

Namir : Mais qu’il y ait une caméra qui te filme tout le temps ne t’a jamais interpellé ?

Siham  : Je ne savais pas que j’allais être dans le film. Je trouvais la situation dure et difficile, et j’ai décidé de partir avec toi et ton équipe de deux personnes. Avec à peine de quoi vous payer à manger pendant la durée du tournage. Je pensais t’aider. Et je découvre que je suis un personnage de son film...

Namir ne vous a rien dit ?

Siham  : La scène où nous piratons l’électricité par exemple : je lui disais, « Namir, il ne faut pas filmer quelqu’un qui vole l’électricité (...) Et à la fin quand je regarde le film, je vois que la scène où je suis en train de lui dire tout ça est dans le film ! Je n’ai même pas senti qu’il me filmait, je ne sais pas comment il a fait.

Namir : Enfin la caméra, tu la voyais, elle est quand même très grosse ! 

Siham : Je ne savais pas ce que tu allais en faire ! Et je ne suis pas contente. Tu aurais dû me dire « Maman, je veux faire ça et ça... es-tu d’accord ? »

Namir : Si je t’avais appelé pour te dire « Maman, je ne crois pas aux apparitions de la Vierge, je n’ai rien trouvé d’intéressant, et j’ai décidé de demander aux gens de notre village de reconstituer une apparition », qu’est ce que tu aurais dit ?

Siham : Je t’aurais dit « ça ne va pas ! »

Namir : Et tu aurais refusé...

Siham : Évidemment !

Et que pensez-vous de votre image dans le film ?

Siham : Ah c’est à vous de me dire ce que vous en pensez.

Vous avez bien une petite idée ?...

Siham : (...) je voulais qu’il enlève deux scènes, celle où tu as prétendu que j’avais honte de ma famille. Et l’autre, où tu demandes à ma sœur pourquoi je t’ai abandonné.

Cette scène est liée à un problème psychique chez toi : quand tu es né, je n’avais pas les moyens de t’élever en France. Ton père était en doctorat, et on n’avait pas de revenus. J’ai décidé de retourner en Égypte, avec toi. Là-bas, les gens m’ont dit de ne pas laisser mon mari en France. En particulier, parce qu’un universitaire qui était marié en Égypte avec une femme très bien, et qui avait été nommé en Algérie. Il était tombé amoureux d’une algérienne, et ça avait tué sa vie personnelle. Cet homme a eu peur que mon mari connaisse la même situation, il m’a dit de ne pas laisser mon mari seul en France. « Laisse ton fils, ta mère s’en occupera, retourne voir ton mari. » J’ai du laisser Namir avec ma mère et ma sœur. Je suis revenue, mais j’étais malheureuse. Dès que j’ai trouvé un travail, à l’ambassade du Qatar, je suis retournée chercher Namir.

Dans la tête de Namir, je l’ai abandonné, il ne veut pas oublier. Cette scène, il a insisté pour l’exposer devant tout le monde. Ça n’a rien avoir avec la Vierge et les coptes, mais j’ai senti qu’il avait besoin de l’exprimer. Donc, qu’il l’exprime, s’il veut penser que je l’ai abandonné...

Namir : La seule scène véritablement intime, c’est celle où je discute avec ma tante sur le fait que j’ai passé mes deux premières années dans ce village. Je voulais que le spectateur comprenne que ma relation avec ce village et ses habitants est très profonde, et remonte à l’enfance.

Ce n’était pas pour résoudre un quelconque problème avec ma mère, je ne lui reproche pas du tout de m’avoir abandonné, mais vraiment pour permettre au spectateur de comprendre ma relation avec les habitants, donner un ancrage à mon lien avec ce village. Avec le monteur on s’est beaucoup posé la question de savoir si on gardait ou non cette scène, puisqu’elle est un petit peu hors sujet. Tout à coup on parle d’un truc intime alors que le reste est sur un mode plus léger, on sentait que cette scène ralentissait le film, le faisait rentrer dans quelque chose de plus lent, mais apportait quelque chose sur le personnage de plus humain... En dehors de cette scène, je n’ai pas l’impression d’être impudique. C’est de la mise en scène, y compris la relation avec ma mère, cela ne touche pas à l’intime, et ça apparait comme assez drôle.

Vous allez présenter ensemble le film en festival en égypte, dans votre village. Quel est votre sentiment par rapport à ça ? On a le sentiment que c’est une angoisse pour vous, le regard du village et de vos proches sur Namir et son film.

Siham : Non, les gens du village ça va, ils aiment beaucoup Namir, ils acceptent tout. Ce sont des gens simples. Un paysan du village, pas cultivé du tout, a dit que cette reconstitution ne poserait pas de problème à condition de préciser que c’est de la fiction. Je suis d’accord. Mais pour les chrétiens du Caire, reconstituer une scène de l’apparition de la Vierge, équivaut à émettre un doute sur leur croyance.

Namir : Tu trouves que les gens cultivés du Caire sont moins ouverts que les paysans de notre village ?

Siham : Oui.

Avez-vous eu des surprises en visionnant le film ?

Siham : Oui, comme les tatouages, je n’avais jamais vu ça. Je ne suis pas contre les tatouages religieux, mais maintenant ça devient une maladie. C’est devenu un moyen d’affirmation de soi, de sa communauté.

Namir : Tu crois toujours aux apparitions de la Vierge ?

Siham : Oui, je n’ai pas vu, mais je ne suis pas comme toi. Tu choques les gens en Égypte, avec tes idées...

Tu te mets en scène, et tu crées ton personnage. Pour celui de ta mère, comment avez-vous procédé ?

Namir : Pour ma mère, c’était mélangé. On a essayé de la préserver au maximum. On avait conscience que ce serait plus drôle d’avoir des réactions spontanées. Ce qui nous a aidé, c’est qu’elle oublie très vite la caméra.

Mais il y a des moments très mis en scène. Elle a beau dire qu’elle n’était pas au courant, il y a des scènes du film où elle est totalement actrice. Je lui ai dit « Je veux filmer ça, tu vas dire ça », on refaisait la prise quatre fois, et elle jouait parfaitement le jeu. Elle n’est pas dupe...

Siham : Je sais, je suis une adulte, tout ça je le sais (...)

Namir : Est-ce que tu penses que je suis un bon réalisateur ?

Siham : Non, d’un point de vue financier, non. Tu n’as pas d’expérience dans la vie. Mais du point de vue artistique, tu fais bien ton travail, tu as des idées, je te fais confiance. Quand j’ai vu que le producteur l’attaquait sur ses compétences, je n’étais pas d’accord. Peut-être que sur le point financier il a raison, mais sur le point professionnel et artistique, je ne suis pas d’accord.

Namir : Tu n’as pas toujours dit ça...

Siham : Parce que tu as beaucoup d’idées, tu veux tout mettre dans un film, et parfois on ne comprend rien. Ton premier film était nul. Mais le deuxième était bien (...)

Quand Namir a décidé de faire du cinéma, qu’en avez-vous pensé ?

Siham : Franchement, j’étais contre. Je viens d’un pays conservateur, du tiers monde. Il faut avoir un métier, avocat, médecin, ingénieur, mais pas faire du cinéma. A l’époque Namir m’a dit, « Maman, ce n’est pas à toi de décider. Tu veux que je fasse une école pour pouvoir dire “Mon fils est ingénieur” et être fière, mais ça moi je m’en fiche ». Et là il m’a dit qu’il voulait faire un BTS. Un BTS ! Là son père m’a dit, écoute laisse le faire un BTS, après il fera une grande école. Mais Namir a persévéré et il fait ce métier qui lui plait. Moi je pense à lui d’un point de vue financier, c’est un métier peu assuré. heureusement, il a de la volonté et de la chance.

Namir : Mais tu as envie que je fasse des vrais films ?

Siham : Oui, je lui ai même dit « laisse tomber ce film ». Fais un vrai film !

C’est quoi un vrai film ?

Siham : Un film populaire, avec des acteurs et une histoire. Un film qui a une idée politique, humaine, qui pose quelque chose...

Namir : En gros, tu voudrais un film avec des acteurs comme Omar Sharif...

Siham : Pas forcément Omar Sharif, mais un film avec un vrai potentiel, et un sujet qui parle à tout le monde. Par exemple, tu pourrais faire un film sur la vie du commandant Cousteau. C’est un personnage populaire. Et tu pourrais avoir Jean-Louis Trintignant dans le rôle principal. ça pourrait être un film d’amour et d’amitié. Un film romantique...