Tom déteste les femmes, les féministes. Le jour, il vend des fringues dans la boutique de sa mère. La nuit, il se transforme en troll, planqué derrière son écran, où l’anonymat lui permet de déverser sa haine sans avoir à regarder personne dans les yeux. Jusqu’au moment où des hackers font tomber le masque. Tom devient célèbre pour les mauvaises raisons, cible à son tour des réseaux sociaux et découvre que la meute numérique fonctionne très bien sans lui. Pour disparaître, il n’a alors qu’une idée : devenir Berit, en se glissant dans des vêtements féminins.
C'est là qu'A Better Man devient passionnant : Thomas Seeberg Torjussen, le showrunner de cette série, ne transforme pas son incel en Bisounours repentant. Il le confronte simplement à ce qu’il refusait de voir. En devenant Berit, Tom expérimente un autre regard social. Le dispositif pourrait virer à la farce. Il est au contraire aussi drôle que dérangeant. L’humour noir ne neutralise jamais la gravité : il la rend plus vive et imprévisible. Car la série comprend que le meilleur moyen de parler de misogynie n’est pas forcément de multiplier les sermons.

Autour de Tom, Liv, l’humoriste qu’il harcelait, et Audun, son voisin apparemment bien installé, composent deux autres variations sur la solitude masculine, la vulnérabilité et cette difficulté contemporaine à communiquer autrement que par écrans interposés. Le formidable Anders Baasmo joue Tom avec une raideur presque pathétique, puis fait lentement apparaître, derrière le troll, un homme en panne. Pas une excuse. Encore moins une rédemption clé en main.
En quatre épisodes tendus, A Better Man passe du thriller au portrait intime, de la satire du monde numérique à une réflexion sur l’empathie. Mais la série défend une idée forte : comprendre n’est pas pardonner. C’est parfois créer la première fissure dans le mur de la haine. Et surtout, faire rire au milieu du malaise. C’est noir, mordant, parfois franchement inconfortable — et précisément pour cela, diablement efficace.